«Une ville nordique moderne»

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François Bourque
Le Soleil

(Québec) Le nouvel amphithéâtre que projette Québec ne sera ni plus grand, ni plus petit, plus cher ou plus économique que celui que réclamait Marcel Aubut il y a 15 ans.

La grande différence est dans la façon de le vendre aux citoyens et aux gouvernements. Me Aubut voulait un colisée pour sauver les Nordiques. Le maire Labeaume le veut parce qu'une «ville nordique moderne a besoin d'un amphithéâtre moderne».

Tant mieux, dit-il, si ça permet de ramener une équipe de la Ligue nationale de hockey à Québec. Mais le retour de la LNH n'est pas une condition pour cet amphithéâtre.

D'un strict point de vue économique, investir 400 millions $ pour un amphithéâtre de 18 000 places à Québec se justifie difficilement.

Si c'était rentable, des entreprises privées seraient déjà à nos portes pour le construire. Comme elles l'ont fait à Montréal avec le Centre Bell.

Un amphithéâtre peut cependant être justifiable d'un point de vue collectif. Comme le sont les bibliothèques, salles de spectacle ou autres équipements d'intérêt public. La motivation n'est alors pas seulement économique, mais sociale, identitaire, culturelle.

Il contribue à l'image d'une ville, d'une région; il nourrit la fierté et le sentiment d'appartenance. Il ajoute au pouvoir attractif de la ville auprès de cadres et chefs d'entreprise.

On peut difficilement convaincre que Québec est une ville moderne et techno avec une vitrine des années 50.

Le Colisée actuel est vieillot, pour ne pas dire désuet. C'est vrai qu'il fait encore le bonheur des Remparts; qu'il accueille des shows rock, des Témoins de Jéhovah et des Monster Truck shows.

On pourrait toujours attendre encore, gagner quelques années, mais on sait bien que, tôt ou tard, il faudra le remplacer.

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Un nouvel amphithéâtre améliorerait le confort et l'accès pour les spectateurs et producteurs. C'est pour le moment la seule certitude.

Combien de spectacles supplémentaires? Combien de congrès ou d'événements spéciaux? Combien de soirs d'occupation de plus? Combien de touristes ou de visiteurs?

Et puis que fera-t-on du Colisée actuel? Combien pour le démolir ou le recycler et qui va payer?

Encore beaucoup de questions sans réponses. Peut-être viendront-elles du plan d'affaires que doit préparer la Ville si elle espère obtenir l'argent des gouvernements.

Mais il restera toujours une part d'inconnu et d'intangible. Comme dans un Palais Montcalm, un Cirque du Soleil ou un Moulin à images.

On a l'intuition que cela sert l'intérêt commun, mais on ne peut pas toujours le prouver avec des chiffres.

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La seule certitude économique du projet est que si les gouvernements payent 350 millions $ sur 400 millions $, Québec ne peut pas être perdante.

C'est de l'argent «neuf» qui ne viendrait peut-être pas dans la région autrement, ce qui stimulerait  l'économie locale pendant les trois ans de la construction. Ce serait fou de s'en priver.

Tous ne seront pas d'accord à payer un amphithéâtre de 400 millions $ avec des fonds publics; on peut plaider qu'il y a d'autres urgences, d'autres priorités, que la dette publique est déjà bien assez lourde. Les objections sont légitimes. Mais je parle ici du bénéfice pour l'économie locale.

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Le projet de nouvel amphithéâtre a occulté depuis une semaine tous les autres enjeux de la campagne électorale, pour culminer hier matin avec le point de presse du maire.

Il est rare qu'un événement attire à la fois autant de journalistes de la presse parlementaire, sportive, locale, montréalaise et nationale.

Ceux qui pensaient assister à la levée d'une première pelletée de terre ou à la présentation des joueurs de la future équipe auront bien sûr été déçus.

Reste qu'on peut s'étonner de l'empressement du maire à convoquer la presse à deux semaines des élections. Il aurait pu attendre d'avoir minimalement un plan d'affaires à présenter.

M. Labeaume plaide qu'il est important que la population sache dès maintenant où il veut la conduire.

On pourrait lui reprocher d'agiter l'amphithéâtre et la LNH à des fins électoralistes. Le problème, c'est qu'il n'a pas vraiment besoin de ça.

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