Quoi? Des gros bras du crime organisé s'intéressent de près aux élections à la tête d'un syndicat de la construction? Des entreprises s'entendent avec des élus municipaux pour truquer certains appels d'offres? Des élus se font intimider?
Bof, il ne faut pas généraliser, affirme en substance le premier ministre. Comme s'il voulait désespérément croire que les gros bras du crime essayent seulement de vendre des images pieuses pour financer les petits frères des Pauvres...
Quoi? À Montréal, des élus reçoivent des enveloppes bourrées d'argent, dont on ne sait trop s'il s'agit de pots-de-vin ou de contributions électorales occultes? À Boisbriand, un entrepreneur aurait magouillé avec la mairesse pour convaincre l'opposition de se retirer et pour éviter la tenue d'élections? Bof, attendons le résultat des différentes enquêtes, répète le premier ministre.
Même quand le maire de Montréal, Gérald Tremblay, déclare qu'il craint désormais pour la sécurité de sa famille, le premier ministre ne semble pas réaliser la gravité de la situation.
Que faut-il donc pour instituer une commission d'enquête publique? La mise sous tutelle de Montréal? Un drame?
Pour un politicien qui promettait de toujours garder les deux mains sur le volant, M. Charest semble curieusement engourdi. Se pourrait-il qu'il se soit endormi sur le siège du conducteur?
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On ne le dira jamais assez. Quand il s'agit de brasser du vide, le gouvernement que dirige M. Charest vaut n'importe quelle éolienne. Mais il serait injuste de prétendre qu'il s'est tourné les pouces au cours des derniers jours. C'est seulement que ses actions apparaissent systématiquement en retard sur les événements.
Mardi, il proposait un resserrement de la loi sur le financement des partis politiques. Hier, il annonçait la création d'une escouade spéciale pour lutter contre la corruption dans le domaine de la construction.
Il y a quelques mois encore, tout le monde aurait applaudi. Maintenant, cela apparaît insuffisant.
Ce sont les moeurs électorales qu'il faut changer. Pas seulement les lois. La police peut épingler quelques criminels, mais elle ne rétablira pas miraculeusement la confiance envers les institutions. Sans compter que le gouvernement ressemble à un médecin qui prescrit des médicaments sans connaître l'ampleur du mal.
«Nous ne connaissons pas l'étendue de la maladie qui affecte nos institutions politiques et nous ne savons pas quels seront les remèdes les plus appropriés», a résumé John Gomery, le président de la commission d'enquête sur le scandale des commandites.
D'accord. Une commission d'enquête ne réglerait pas tout. Mais contrairement à ce que prétend le ministre Claude Béchard, ce ne sont pas les accusations - même injustes - de l'opposition qui discréditent le plus la classe politique.
Plutôt l'impression confuse que tout cela ne constitue que la pointe de l'asperge, euh, la pointe de l'iceberg, je veux dire.
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En matière d'éthique, le premier ministre Charest n'est pas exactement un premier de classe. Sa stratégie consiste à en faire le moins possible, tout en donnant l'impression de déplacer les montagnes.
En l'an 2000, alors qu'il était chef de l'opposition, M. Charest ne voyait aucun problème à se faire payer un voyage au Mexique par l'Association canadienne de la construction pour prendre la parole lors d'un congrès. Il trouve aussi légitime que son parti lui verse un supplément annuel de 75 000 $, même si cela signifie que le premier ministre perçoit des revenus d'appoint, en dehors de ses fonctions publiques. Plus récemment, il avait assoupli les règles d'éthique du gouvernement pour accueillir un ministre, avant de se raviser.
Mieux vaut tard que jamais, paraît-il. Au cours des dernières années, Jean Charest a reçu plus que sa part d'éloges de la part de son cortège d'admirateurs. Voici venu le moment de se montrer à la hauteur du monument que certains dévots ont entrepris de lui sculpter.
Y a-t-il un premier ministre dans la salle?













