C'était la question la plus importante du sondage; celle qui ciblait le mieux le seul véritable enjeu de cette campagne qui est de savoir quelle sera la place de l'opposition dans le prochain conseil municipal.
C'était aussi la seule question dont je n'aurais pas vraiment pu prédire la réponse, car on conviendra qu'il n'y a pas de surprise à «apprendre» que le maire Labeaume file vers une victoire incontestée à la mairie.
Le sondage m'a laissé sur mon appétit et sur mes doutes.
Cinquante-six % des répondants prévoient appuyer un candidat d'Équipe Labeaume et seulement 19 % un autre candidat. C'est une réponse claire qui devrait normalement annoncer un balayage d'Équipe Labeaume.
Ce qui déroute, c'est la réponse à cette autre question : «Combien de sièges devraient être occupés par l'opposition au maire pour que le conseil soit le plus efficace possible?»
Deux tiers des répondants croient que l'opposition devrait en occuper la moitié ou plus.
En d'autres mots, les citoyens de Québec semblent souhaiter une opposition forte, mais n'ont pas l'intention de voter pour un candidat de l'opposition. Comme s'ils abandonnaient à d'autres le soin de le faire. Une sorte de pensée magique.
Ce ne serait pas la première fois qu'un sondage relève des contradictions apparentes dans les états d'âme d'une population.
Mais on touche ici à une autre particularité des élections 2009 à Québec : l'absence d'un adversaire crédible à la mairie.
Cela a pour effet de gonfler l'intention de vote pour M. Labeaume, qui atteint 88 %.
Lors d'un précédent sondage, le printemps dernier, l'intention de vote pour M. Labeaume était à 67 %, contre 5 % pour Alain Loubier (qui s'est depuis retiré de la course) et 17 % pour un «autre candidat de qualité».
On peut penser que s'il y avait eu dans la course cet «autre candidat de qualité», M. Labeaume ne serait pas à 88 % aujourd'hui. Une partie de l'appui qu'il obtient est une victoire par défaut.
Il y aurait une logique à penser que les citoyens insatisfaits du maire - il doit bien s'en trouver - voudraient voter contre les candidats d'Équipe Labeaume, à défaut de voter pour un adversaire de «qualité».
Le sondage indique d'ailleurs que les citoyens ont à l'oeil le maire Labeaume, qu'ils désapprouvent certaines de ses attitudes et positions et qu'ils voudraient un contrepoids au conseil municipal.
Mais le sondage suggère que l'insatisfaction et l'inquiétude ne sont peut-être pas assez fortes pour que les citoyens veuillent punir le maire. Du moins, pas cette fois-ci.
Le sondage laisse croire que la lutte, si le mot veut encore dire quelque chose, sera plus serrée dans les arrondissements de Sainte-Foy-Sillery et dans La Haute-Saint-Charles.
C'est là que l'avance des candidats d'Équipe Labeaume est la moins grande (21 % à Sainte-Foy et 27 % dans La Haute-Saint-Charles); c'est là aussi que le pourcentage d'indécis est le plus élevé.
Il faut cependant lire ces chiffres avec une certaine prudence, car le nombre de sondés par arrondissement est trop faible pour être fiable.
On note aussi que ces chiffres ne montrent pas non plus les disparités entre les districts. Des candidats forts ou jouissant d'une grande notoriété peuvent toujours faire mentir une statistique générale.
L'avance des candidats d'Équipe Labeaume semble confortable partout, mais il reste tout à fait possible que des candidats d'opposition ou des indépendants soient élus.
Le plus grand mensonge de ce sondage est sans doute la promesse d'un fort taux de participation.
Seulement 3,7 % des répondants confessent qu'ils n'iront pas voter. Les citoyens seraient moins gênés d'avouer une maladie honteuse que d'avouer qu'ils n'iront pas voter.
La réalité est que moins d'un citoyen sur deux a voté en 2007. Pourtant, la course était ouverte et les citoyens avaient un vrai choix entre plusieurs candidatures fortes à la mairie. Ce ne fut pas suffisant.
Les citoyens satisfaits sont souvent moins motivés à aller voter. Rien de rassurant. Il semble justement y avoir beaucoup de citoyens satisfaits à Québec cette année.











