Cinquante ans après la mort du «cheuf», il semble encore normal qu'un maire récolte 80 ou 90 % des suffrages. Ou que l'équipe au pouvoir dispose de 10 fois plus d'argent que l'opposition, traitée comme un microbe. Ou que la vie politique se résume à une poignée de barons qui agissent comme si les villes leur appartenaient.
Vous croyez que j'exagère? Alors faites un détour par Laval, où le maire Gilles Vaillancourt règne sans partage depuis 22 ans. Même James Bond peut aller se rhabiller.
Pendant plusieurs années, le maire a ainsi versé une petite fortune à une compagnie chargée de détecter la présence éventuelle de micros dans les bureaux de la mairie.
Plus récemment, les médias ont révélé qu'un petit nombre de sociétés se partageaient les gros contrats de la municipalité. Ce n'était pas la première révélation du genre. Ni sans doute la dernière.
Et ça n'a pas empêché M. Vaillancourt d'être réélu triomphalement, dimanche dernier, en raflant tous les sièges du conseil municipal, pour la troisième fois consécutive.
À Laval, on raconte que le soleil demande chaque jour la permission de se lever à M. le maire. Mais cela apparaît irréaliste. Ceux qui connaissent M. Vaillancourt savent qu'il ne permettrait jamais à quiconque de jouer le rôle du soleil à sa place...
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Poursuivons le voyage à Saguenay, où le maire Jean Tremblay déclarait récemment : «Plus il y a d'opposition, plus les taxes et les dettes sont élevées.»
À Saguenay, le maire est tellement omniprésent qu'on ne doute plus qu'il finisse par jouer son propre rôle dans la fresque historique La fabuleuse histoire d'un royaume. Son conseiller principal, Ghislain Harvey, occupe à la fois les fonctions de directeur général de l'organisme touristique Promotion Saguenay et de président du conseil d'administration de Port Saguenay. Bref, il n'autorise pas les feuilles à rougir au début de l'automne, mais c'est tout juste.
Last but not least, Saguenay se distingue aussi par un découpage électoral aussi honnête que la comptabilité «créative» d'Enron. Selon des chiffres du Quotidien, le district de Kénogami compte environ 1700 électeurs, contre 8500 pour celui de Chicoutimi.
Après tout cela, ne demandez plus pourquoi le maire Tremblay insiste pour maintenir la prière au début des séances du conseil municipal. Sûr que c'est pour obliger le petit Jésus à brasser des affaires avec lui...
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Mais il y a pire encore. Pour donner une idée de la Petite Noirceur qui règne sur le monde municipal, il faudrait parler de Rivière-du-Loup, où le maire s'est fait offrir des enveloppes bourrées d'argent.
Il faudrait parler de Boisbriand, où l'ancienne mairesse est soupçonnée d'avoir magouillé avec un entrepreneur pour éviter la tenue d'élections. Il faudrait parler de Montréal, où l'administration du maire Tremblay fait l'objet de six enquêtes policières.
Il faudrait parler de l'épineuse question du financement des élections municipales, l'éternel parent pauvre de notre vie politique.
Mais vous comprendrez que j'arrête ici. Car nous voilà arrivés à la portion humoristique de cette chronique, celle qui traite de la réaction énergique du gouvernement de Jean Charest à tout ce chaos.
Ne souriez pas. Au printemps dernier, le gouvernement a même commandé un rapport sur l'éthique dans la vie municipale. Un document étoffé, qui suggérait notamment que chaque conseil municipal adopte un code de déontologie.
Le problème, c'est que le gouvernement Charest a promis d'agir rapidement. Et c'est là que ça se complique. Car il avait dit la même chose pour la nomination d'un commissaire à l'éthique gouvernemental, il y a plus de six ans. Sans oublier la réforme du mode de scrutin, qu'il vient d'abandonner en douce, après une agonie de cinq ans...
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Qu'on se le dise. Le gouvernement Charest ne rigole pas avec la morale publique. Tellement qu'il a inspiré à un lecteur cette blague :
Un entrepreneur en construction voulait remercier un ministre pour l'obtention de plusieurs contrats. À la fin d'un cocktail, quand ils se retrouvent seuls, il lui offre une voiture sport.
- Désolé, répond le ministre. En tant que titulaire d'une charge publique, je ne peux accepter un tel cadeau.
Le gars est déçu, mais il ne renonce pas. Il réfléchit un peu, avant de proposer.
- D'accord, vous ne pouvez pas l'accepter gratuitement. Mais est-ce que je pourrais vous la vendre à un prix d'ami, disons pour la somme de 10 $?
Cette fois, c'est le ministre qui prend le temps de réfléchir un peu, avant de répondre.
- À ce prix-là, est-ce que je pourrais en avoir deux?










