On ne pensait plus se surprendre des soubresauts au sein de l'ADQ, mais la nouvelle d'hier a battu tous les records. C'est une opération kamikaze que M. Taillon a lancée hier. Il aurait voulu saboter les minces espoirs de relance de ce parti qu'il n'aurait pas agi autrement.
On a appris hier qu'il n'a même pas informé François Bonnardel et le reste du caucus, hier matin, de son intention d'annoncer publiquement qu'il songeait à lancer la police dans les documents comptables de l'ADQ. On sait qu'il a prévenu ses collègues de ses inquiétudes sur des irrégularités dans les finances du parti, ce qui est tout à fait normal.
Mais on comprend moins bien sa décision d'en faire une annonce publique immédiatement, avant même qu'une décision finale et éclairée sur le recours à la police soit prise. Et on comprend encore moins que ses collègues n'aient pas demandé des détails supplémentaires sur de présumées irrégularités remontant à 2003, suffisamment graves pour faire appel à la police. Font-ils à ce point confiance à leur chef démissionnaire?
On ne pourra faire de reproche à M. Taillon s'il y a eu fraude ou illégalité dans les finances de l'ADQ. Mais la prudence élémentaire aurait dû lui dicter de pousser plus loin ses recherches et d'en
informer convenablement le caucus avant d'annoncer publiquement son intention de faire appel à la police. Son comportement d'hier ressemble étrangement à celui de Benoit Labonté.
Ce qui est tout aussi surprenant dans cette nouvelle, c'est que M. Taillon, traité pour une récidive du cancer, ait trouvé le temps, depuis son élection il y a trois semaines et demi, de scruter les livres du parti et d'y trouver des irrégularités remontant à 2003. Il a été président du parti en 2006 et 2007, avant d'être élu député. Le président ne voit pas tout, mais si les irrégularités découvertes sont à ce point importantes et remontent aussi loin qu'à 2003, il aurait dû le savoir.
Il est difficile de trouver des explications au coup de théâtre d'hier ailleurs que dans l'esprit revanchard d'un homme qui n'accepte pas un échec dont il est le premier responsable. Si les mauvaises relations avec Éric Caire l'ont empêché de refaire l'unité au lendemain de la course à la direction du parti, c'est à cause de ses accusations de tricherie concernant le curriculum vitae de son adversaire. Pour la petite histoire, François Bonnardel avait fait de grosses pressions sur Taillon, à cette occasion, pour l'empêcher de se livrer à une telle campagne de dénigrement contre Éric Caire. Il a échoué, tout comme il a échoué hier à nous convaincre qu'il avait toujours pleinement confiance en son chef.
Repentir libéral...
Deux minutes après la bombe lancée par Gilles Taillon, le député libéral de Rivière-du-Loup, Jean D'Amour, annonce qu'il se retire du caucus de son parti à cause d'une histoire de financement illégal remontant à... 2007.
M.?D'Amour explique, «la main sur le coeur», qu'il n'a pas alerté la police avant vendredi dernier parce que l'entrepreneur, qui avait déposé une enveloppe contenant 500 $ sur le pas de sa porte à l'intention d'un candidat à la mairie de Rivière-du-Loup, ne connaissait pas la loi électorale.
Il a fallu que le maire de Rivière-du-Loup, Michel Morin, à qui était destiné l'argent, raconte l'histoire au Soleil et à une radio locale, la semaine dernière, pour que M.?D'Amour sorte de la garde-robe. Admettez que c'est un peu tard de la part du membre d'un gouvernement qui invite le public à dénoncer toute irrégularité à la police.












