Compromis à cause de ses liens avec Nathalie Normandeau, François Bonnardel a perdu en crédibilité en se collant sur Gilles Taillon. Sylvie Roy n'est pas intéressée, et Janvier Grondin appuie Deltell. Comme l'ADQ n'a pas les moyens de tenir une autre course à la direction ni d'assumer le salaire d'un chef de l'extérieur, le prochain leader doit venir de la députation.
Depuis qu'Éric Caire fait une croix sur ses ambitions et refuse de revenir au caucus, Deltell reste le seul député disponible. Certains diront qu'il gagne par défaut. Ce n'est pas le cas, puisqu'il n'a jamais postulé. Sa nomination ne serait pas un couronnement, mais plutôt la réponse à un appel à l'aide d'un parti qui sombre.
L'autre raison qui devrait motiver les adéquistes à bouger rapidement dans cette direction est l'urgence de sortir Gilles Taillon de la permanence du parti à Montréal. M. Taillon a démontré mardi et mercredi encore qu'il est un loose cannon absolument imprévisible. Qui sait quelle autre initiative il prendra au cours des six mois si on lui en laisse le temps?
L'arrivée de Gérard Deltell à la tête des adéquistes changerait-elle les choses au sein du parti et de l'électorat? Le défi est énorme. Il lui faudra convaincre Marc Picard et Éric Caire de revenir. Il lui faudra mobiliser les membres et lancer une campagne de financement. Deltell est un bon tribun et un excellent communicateur. Il a fait rêver les militants lors de son discours au printemps, au lancement de la campagne à la direction du parti. Il a montré du sérieux dans ses interventions en Chambre et en commission parlementaire. Mais il reste un néophyte en politique et dans l'ADQ. C'est ce qui l'a fait hésiter lorsque les militants l'ont incité à être candidat la dernière fois, au point où il n'en dormait plus la nuit, a confié son ami Janvier Grondin. Six mois se sont écoulés, mais l'échec des candidats Gilles Taillon et Éric Caire lui ouvre la porte. Il aurait l'air de se soustraire à ses responsabilités s'il refusait la direction. Voilà pourquoi il acceptera, lorsqu'il aura la conviction qu'il a l'appui du caucus et de ce qui reste de la base militante du parti.
Il aura l'odieux d'expliquer les présumées irrégularités dans les finances du parti, dénoncées par Gilles Taillon. Il a un avantage à ce chapitre?: nouveau venu, il n'a pas trempé dans ces histoires et pourra s'en laver les mains tout en faisant le ménage, s'il y a un ménage à faire.
Un nouveau Mario, ce Deltell? Ce n'est qu'une fois en poste que l'on verra s'il a la gelée royale... Mais tout comme Mario, il est bien mis et se présente bien. Contrairement à Mario, il ne vient pas du sérail des jeunes libéraux, mais plutôt de celui des jeunes conservateurs. Intéressant...
De façon un peu plus égoïste et moins sérieuse, un dernier point plaide en faveur de l'arrivée immédiate de Deltell à ce poste?: s'il était chef mercredi prochain, c'est lui qui ferait le discours humoristique des chefs au dîner annuel de la Tribune de la presse. Parce que si c'est Gilles Taillon qui prononce ce discours, la soirée risque de mal tourner...













