Le ministre de l'Environnement venait de participer à l'avant-dernière rencontre préparatoire en vue du sommet de Copenhague, le 7 décembre prochain, et son ton ne pouvait tromper : il était simplement heureux d'annoncer un nouveau retard d'un an.
Ottawa devait initialement publier ses règlements sur les gaz à effet de serre avant cette rencontre internationale qui doit assurer le suivi au Protocole de Kyoto.
Après quatre ans d'inaction conservatrice, qui suivent au passage autant d'années d'inaction libérale à peine corrigées par le bref passage de Stéphane Dion à la tête du ministère, le Canada s'est enfoncé dans le monde des pollueurs.
Je vous évite les discussions techniques sous lesquelles les partisans du laisser-faire tentent de vous noyer. Le Canada, tout simplement, a tenté un temps de jouer un rôle positif. Il fait maintenant partie du problème, comme le disent le Parti vert et bien d'autres.
Le ministre Prentice défend une position rétrograde.
Le Canada se cache derrière la nécessité d'obtenir un encadrement international qui lie absolument tous les pays de manière égale, et celle de voir la législation que votera - ou non - le Congrès américain.
«C'est très compliqué» , a dit le ministre pour expliquer l'impossibilité maintenant reconnue de signer un traité complet dans 19 jours. D'accord, c'est compliqué.
Mais le ministre a aussi précisé, à son honneur faut-il avouer, que le Canada veut «remplacer Kyoto» par un traité unique, et non poursuivre les objectifs de Kyoto. Il a le mérite de la franchise.
L'Union européenne, qui a «réussi» Kyoto, veut poursuivre le travail accompli. Les États-Unis et la Chine, étrangers au Protocole, se donnent maintenant la main pour demander dès le mois prochain un accord global avec effets immédiats, quitte à négocier les détails au cours de 2010.
La France et le Brésil ont répliqué par une politique de leur cru insistant sur le maintien des objectifs originaux sur la base des données de 1990, ce que rejette le Canada malgré sa signature et son rôle historique.
Nous assistons à un grand jeu international où chaque pays négocie d'abord et avant tout selon ses intérêts économiques.
Pour le Canada, cela s'appelle développer les sables bitumineux de l'Alberta, pollueurs mais payants tant qu'il n'y aura pas de contraintes, de coûts attachés à leurs retombées négatives.
Jean Chrétien avait signé le Protocole sans l'ombrage d'un plan d'action alors que des pays comme l'Allemagne et la France en faisaient une véritable industrie.
L'ancien premier ministre comptait peut-être sur une loi naturelle quelconque voulant qu'une fois une décision de principe prise, les politiques suivront automatiquement.
Grave erreur, constate-t-on. Le Québec comme d'autres provinces fait maintenant les frais de ce choix, et Jean Charest ira lui-même défendre les actions des gouvernements successifs comme des secteurs industriels qui se sont «nettoyés» au fil des ans.
À voir l'attitude de M. Prentice, le premier ministre a du pain sur la planche dans son travail de corridor, à Copenhague, d'autant plus que le Canada, selon l'expression consacrée à Ottawa, ne parlera que d'une seule voix à cette conférence.
Quant à Stephen Harper, il a décidé de passer son tour, à moins que tous les autres chefs de gouvernement y participent. Quand je vous disais que le Canada ne veut pas aider la bonne cause, dans ce dossier!










