«En Afghanistan, le ministre Cannon rencontrera les dirigeants de l'Afghanistan, les partenaires internationaux et alliés, ainsi que les membres des Forces canadiennes et le personnel du gouvernement du Canada.»
Sobrement écrit, mais quelle belle occasion pour M. Cannon de donner l'heure juste à tous nos partenaires à la fois sur nos attentes envers le gouvernement d'Hamid Karzaï, déjà assermenté à l'heure où vous lisez ces lignes, et sur le rôle futur du Canada dans ce pays.
Le gouvernement de Stephen Harper a compris l'inutilité de tenter de vendre aux Canadiens l'idée de prolonger la mission militaire à Kandahar au-delà de la date butoir du 1er juillet 2011.
Mais il n'a jamais été clair sur la suite des événements, une fois le retrait complété à la fin de cette même année, et refuse d'en débattre à court terme.
Le général Walt Natynczyk, grand patron des Forces canadiennes, n'a pas attendu les ordres d'en haut : il a déjà annoncé le départ de toutes les troupes, la planification de cette manoeuvre de grande envergure ne pouvant plus attendre.
Ottawa joue toujours avec l'idée de laisser des militaires sur place pour protéger les activités de reconstruction et de réorganisation du pays, mais sans qu'ils combattent les talibans.
Quel voeu pieux! Il n'y a pas de moitié de guerre, et les rebelles afghans n'ont cure d'une transformation de la mission canadienne, surtout en sachant que nos militaires leur serviront de cibles vivantes.
Le général Natynczyk a le devoir de protéger ses troupes et il agit en conséquence.
La résolution parlementaire sur l'Afghanistan prévoit le redéploiement des militaires hors de Kandahar. Elle prévoit aussi, ce que le gouvernement clame moins haut et fort, que «notre pays mettra fin à sa présence à Kandahar».
Le texte ne laisse aucune place aux équipes de reconstruction et à l'aide humanitaire sous contrôle canadien.
La prochaine résolution devra confirmer que les militaires quitteront l'Afghanistan dans son entier, hormis ceux qui protégeront l'ambassade à Kaboul. Quant à l'aide civile, il faudrait voir quelles sont les conditions de sécurité dans le reste du pays.
Car le second mandat de M. Karzaï, élu dans la controverse, commence sous de mauvais augures. Je ne parle même pas des sévères avertissements que tous lui donnent contre la corruption qui mine tout le pays.
Ni des entorses aux droits de la personne sous les yeux des soldats canadiens et du camouflage politique qui aurait suivi au pays, s'il faut en croire le comité parlementaire qui en débattait justement hier.
Le fin mot revient plutôt à la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, qui avouait dimanche que son pays n'avait aucune intention de s'incruster en Afghanistan, ni même de tenter d'y implanter une «démocratie moderne».
Les Américains ne visent qu'à éliminer Al-Qaida du paysage, puis à rentrer chez eux, point à la ligne. Le président Obama n'a aucune autre justification possible pour y maintenir des troupes.
M. Cannon aura rencontré les joueurs qui comptent, à Kaboul, aujourd'hui. Qu'il s'exprime clairement et mette fin à la «culture du secret» dénoncée par le diplomate Richard Colvin, hier, devant les parlementaires.
Il faut aider les Afghans, mais sans tomber dans l'angélisme. Si l'Occident en est rendu à littéralement acheter ces derniers pour qu'ils dirigent leurs armes dans une autre direction, cette guerre a perdu tout sens moral.









