Qui a peur de la faim du monde?

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Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Au début de la semaine, des chefs d'État du monde entier, réunis à Rome sous l'égide des Nations unies, se sont engagés à éliminer la faim sur la planète.

Encore une fois? s'étonneront les cyniques. Vrai que les chefs d'État avaient dit la même chose l'an dernier. Et l'année précédente. Et aussi les autres années d'avant.

Les promesses d'éliminer la faim dans le monde, ça ressemble à une vieille télésérie impossible à prendre au sérieux. À la longue, même un ignare dans mon genre finit par apercevoir la fermeture éclair sur le costume d'Ultraman...

Mais il serait injuste de prétendre que les dirigeants du monde n'ont rien appris des échecs du passé en matière de lutte contre la faim.

La preuve, c'est qu'ils jouent de prudence. Cette année, ils n'ont pas dit quand le fléau serait éliminé. Ni comment.

De toute manière, dans les pays riches, nous avons d'autres chats à fouetter. Au moment où les chefs d'État se réunissaient à Rome, le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, vendait sa villa de Sardaigne pour la modique somme de 710 millions $. Selon l'Agence France-Presse, la propriété comprend un lac et un volcan artificiels, sept piscines, une serre avec des orchidées et des milliers de palmiers, de cactus et de plantes rares. Vingt jardiniers sont employés en permanence à l'entretien du parc.

«Je voudrais rassurer les peuples qui meurent de faim dans le monde : ici, on mange pour vous», résumait Coluche.

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Tout serait tellement simple si on pouvait nourrir les pauvres de la planète avec de bons sentiments. On nagerait dans l'abondance. Alors que là, c'est tout le contraire. Selon les Nations unies, 17 000 enfants meurent de faim chaque jour, à travers le monde. Un toutes les cinq secondes. Six millions par an. Plus que jamais, celui qui vit d'espoir risque de mourir de faim. Et le même sort guette celui qui fait un peu trop confiance aux institutions internationales.

Le cas du Malawi, un pays africain de 14 millions d'habitants, constitue un exemple éloquent. Depuis des années, le Malawi se trouvait au bord de la famine. Tout ça en bonne partie parce que ses cultivateurs ne pouvaient pas se payer l'engrais nécessaire à l'enrichissement des sols appauvris.

En 2005, des millions de personnes ont même eu besoin d'une aide alimentaire d'urgence.  Pour s'en sortir, le pays voulait subventionner l'achat d'engrais. Mais la Banque mondiale n'était pas d'accord.

- Les subventions, c'est très vilain, a dit la Banque. C'est contraire au petit catéchisme du libre-marché. Si vous aidez vos agriculteurs, nous coupons le financement...

À un moment donné, le Malawi en a eu assez. Il a envoyé paître les nigauds de la Banque mondiale et il a décidé de subventionner l'achat d'engrais.

Et vous savez quoi? Le Malawi fait désormais partie des pays qui semblent en voie de s'en sortir. Tant pis si plusieurs institutions internationales n'y comprennent rien.

Comme le disait le Britannique Walter Bagehot : «La pauvreté paraît bizarre aux riches. Ils ont du mal à comprendre pourquoi ceux qui ont faim ne sonnent pas pour qu'on leur serve le déjeuner.»

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Au début de la semaine, des chefs d'État se sont engagés à éradiquer la faim.

Ça m'a rappelé qu'il y a 20 ans, presque jour pour jour, nos députés s'étaient engagés à éliminer la pauvreté chez les enfants canadiens avant... l'an 2000.

Une motion unanime de la Chambre des communes, le 24 novembre 1989. À l'époque, on parlait d'une guerre sans merci contre la pauvreté. Une guerre? Si c'est le cas, alors les gouvernements successifs ont battu en retraite. Un peu à la manière d'un Napoléon laissant derrière lui son armée en déroute, dans les steppes de Russie, en 1812. Au moment de traverser le fleuve qui séparait la Pologne de la Russie, on raconte qu'il demanda au passeur : «Est-ce que vous avez vu des déserteurs traverser le fleuve?»

- Non, Sire, aurait répondu l'autre, avec candeur. Vous êtes le premier.

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