Lundi, c'est une autre Monique qui lançait les négociations avec les employés de l'État. La présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, prêche la collaboration, la confiance et le respect mutuel.
Le ton a changé, mais le contenu n'est pas différent. Ce n'est pas une hausse salariale que le gouvernement propose aux fonctionnaires. C'est un gel de salaire déguisé en augmentation de 7 % sur cinq ans, dont une portion indéfinie ira à corriger les lacunes du système. Quelle portion du 7 % ira vraiment en augmentation de salaire globale? Impossible de le savoir, ça dépendra des négociations, répond Mme Gagnon-Tremblay.
Le vrai message du gouvernement est ailleurs. À très court terme, les libéraux continuent d'occuper l'espace médiatique à grands coups de conférences de presse pour reléguer les demandes d'enquêtes publiques à l'arrière-plan.
À plus long terme, ils offrent un contrat de cinq ans aux employés de l'État pour éviter d'avoir à négocier de nouveau avant les prochaines élections. Ils n'ont cependant que 2,3 milliards $ à offrir en hausses salariales pendant cette période à cause de leur engagement de limiter à 3,2 % par année la croissance des dépenses de programmes. Cet objectif est au centre de la promesse gouvernementale de retourner à l'équilibre budgétaire dans quatre ans.
Au cours des sept dernières années, les dépenses de programmes ont augmenté de 4,6?% par année. On savait déjà que l'objectif de 3,2 % était ambitieux, sinon irréaliste. Les offres de lundi aux employés de l'État viennent le confirmer. On aura beau dorer la pilule pendant des mois, les syndicats ne signeront jamais un contrat aussi chiche.
La réaction des leaders syndicaux a été modérée. Ils sont heureux de voir le gouvernement soumettre ses offres aussi tôt, ce qui leur permettra d'informer leurs membres et d'amorcer les négociations dès le début de l'année. Les syndicats savent que la cause des fonctionnaires n'est jamais populaire dans l'opinion publique même si l'Institut de la statistique du Québec confirme d'année en année que leurs membres sont moins bien payés que les salariés du secteur privé et des municipalités. Ils n'ont pas intérêt à donner des prétextes au gouvernement pour geler les salaires de leurs membres, comme on l'a fait pour deux ans en 2005.
C'est vrai que la marge de manoeuvre du gouvernement est mince, pour ne pas dire inexistante. Mais est-ce la faute des seuls fonctionnaires si le gouvernement a réduit ses revenus en baissant les impôts au cours des dernières années, et en refusant d'occuper l'espace fiscal des deux points de TPS délaissés par le fédéral? Est-ce la faute des seuls fonctionnaires si les politiciens ont doté le Québec de programmes sociaux coûteux comme l'assurance médicaments, les garderies à 7 $ ou les congés parentaux?
Lundi, la ministre Gagnon-Tremblay a fait état des problématiques de recrutement et de rétention dans certaines classes d'emplois de la fonction publique. Ce n'est pas surprenant?: si une secrétaire se voit offrir plus cher dans le privé que dans le public, elle passera au privé. Les départs massifs à la retraite des prochaines années annoncent une concurrence féroce entre les différents paliers de gouvernement et le secteur privé dans le recrutement de la main-d'oeuvre. Ce n'est pas avec un gel déguisé des salaires que le Québec restera dans la course.












