Si M. Charest n'a pas de plan en ce sens, il devrait y songer, ne serait-ce que pour remplacer son leader parlementaire, le ministre Jacques Dupuis. Ce dernier jouit d'une bonne expérience, mais il n'est plus l'homme de la situation. Le gouvernement Charest a besoin de polir son image et de nettoyer le contenu. M. Dupuis est un bagarreur de ruelles, mais ce n'est pas en envoyant paître l'opposition que le gouvernement parviendra à rétablir sa crédibilité, si cela est encore possible.
De l'autre côté de la chambre, l'aile parlementaire péquiste est dirigée par Stéphane Bédard, qui manie intelligemment les règles parlementaires et sait concilier l'attaque avec le savoir-vivre. Le ton du gouvernement, au cours des derniers mois, relevait davantage de l'arrogance et de l'indifférence. Les libéraux ont abusé des vieux trucs parlementaires consistant à ne pas répondre aux questions ou à renvoyer l'opposition aux erreurs des gouvernements péquistes sous Lucien Bouchard et Bernard Landry.
La stratégie libérale a été efficace contre Mario Dumont, à qui on a collé l'image d'une «girouette» qui change constamment d'opinion. Elle n'a pas la même efficacité contre le PQ, surtout quand c'est l'intégrité du gouvernement qui est mise en cause.
Si M. Charest change de leader parlementaire pour polir l'image de son gouvernement, il doit aussi nettoyer le contenu.
On l'a vu vendredi dernier, il est inadmissible que le premier ministre, à cause du salaire que lui verse le PLQ, soit l'un des obstacles à l'adoption d'un code d'éthique pour les élus et à l'embauche d'un commissaire à l'éthique. L'opposition serait ouverte à une majoration du salaire du premier ministre. C'est un sujet délicat qui passe mal au sein de la population et qui commande un certain courage politique.
La question ne se posait pas sous Jacques Parizeau et Robert Bourassa en raison de leur indépendance financière, mais elle a pris toute son importance lorsqu'on a appris que Lucien Bouchard était à ce point sous-payé qu'il couchait dans un petit local près de son bureau lorsqu'il était à Québec.
Si le premier ministre du Québec n'est pas suffisamment payé pour mener un train de vie qui est compatible avec ses responsabilités politiques et familiales, le gouvernement doit avoir le courage d'en discuter ouvertement avec l'opposition.
Pour le reste, Jean Charest doit donner un grand coup pour restaurer la confiance de la population, même au prix d'une enquête publique.
Les histoires de patronage ou de financement douteux deviennent généralement inévitables lorsqu'un parti est au pouvoir depuis longtemps. C'est le cas des libéraux qui auront fait 10 ans au gouvernement à la fin de leur mandat actuel.
La situation continuera de se détériorer à moins que des mesures très sévères ne soient mises de l'avant pour instaurer une plus grande discipline au sein du parti et de l'équipe gouvernementale.
Cela passe inévitablement par un remaniement du cabinet et l'arrivée de nouveaux ministres dont l'éthique et la crédibilité ne font aucun doute.










