L'onde de choc provoquée par l'assaut de quatre agents de la GRC contre un homme énervé et plus perdu que dangereux a fait le tour de la terre, et ce, avant même la diffusion de la vidéo amateur de l'incident.
Tout le monde se souvient des images spectaculaires de la «taserisation» du voyageur polonais Robert Dziekanski, le 14 octobre, à l'aéroport de Vancouver.
Qu'en dit le commissaire des plaintes du public contre la GRC, Paul Kennedy, qui a déposé son rapport hier, à Vancouver?
Je vous cite quelques-unes de ses conclusions.
Un : «Je n'admets pas l'exactitude des versions des événements présentées par les membres en cause» qui contredisent la bande vidéo prise par un autre voyageur.
Deux : «La conduite des membres [...] est loin de correspondre à celle à laquelle la population canadienne s'attend de la part des membres de la GRC.»
Trois : «Les membres n'ont pas adéquatement suivi les principes de leur formation.»
Quatre : «Les membres [...] n'ont pas pris de notes comme il se doit de l'incident.»
Qu'en termes polis tout cela est écrit! Mais nous avons tous compris qu'il y a là surdose de mensonges et d'incompétence.
M. Kennedy reconnaît que le comportement agité de M. Dziekanski justifiait une intervention.
Là s'arrêtent ses bons mots, car les policiers n'ont fait aucun effort pour s'informer des motifs de cette situation. La suite des événements ne fut qu'erreurs et mauvaises décisions prises sous l'impulsion du moment.
Pour ceux qui comptent sur la collaboration pleine et entière de la GRC pour corriger le tir et éviter toute répétition des événements, voici la mauvaise surprise : la GRC n'a pas répondu.
Et pour tout dire de la bonne volonté de la gendarmerie fédérale, elle n'avait même pas pris le temps de traduire en français sa lettre expliquant son refus de répondre, hier après-midi.
Du boulot pour un autre commissaire, celui des langues officielles, cette fois, soit Graham Fraser : qu'il considère ces deux paragraphes comme ma plainte officielle.
Je traduis donc pour vous que le patron de la GRC, William Elliott, s'insurge contre la publication même de ce rapport, préférant attendre les conclusions de l'enquête du juge Thomas Braidwood sur l'ensemble des événements.
Ce rapport doit être publié au cours de la prochaine année, et les agents en question ont tout fait pour que cette étude factuelle déraille en multipliant les contestations et les appels.
M. Kennedy, de son côté, limite ses observations au seul travail des agents de la GRC, comme il en a le mandat. Et il dit présenter son rapport pour la bonne et simple raison qu'il est terminé.
J'ajouterais un autre motif, plus pratique : le gouvernement conservateur a annoncé il y a deux semaines que le mandat de M. Kennedy, qui expire à la fin de l'année, ne serait pas renouvelé.
Dans ce contexte, aussi bien nettoyer ses tiroirs avant de partir, n'est-ce pas?
Il fallait éviter que son successeur se retrouve avec cette patate chaude dans les mains et par conséquent soumis dès son arrivée aux pressions de la GRC. Bien joué.
Un dernier mot pour expliquer l'importance de ce rappel à l'ordre de la part de M. Kennedy : de telles manifestations de l'hospitalité canadienne pourraient se reproduire dans un aéroport ou un poste de police près de chez vous.
Il n'y aura jamais trop d'appels à la modération, à la prudence et au respect de toutes les règles de la profession dans l'utilisation de la force dans les cas d'extrême urgence.










