Sous Mario Dumont, les adéquistes avaient été critiques par rapport à la décision libérale de ne pas présenter de candidat contre Pauline Marois dans Charlevoix aux élections partielles du 24 septembre 2007. Les libéraux avaient prétexté la tradition parlementaire qui veut que le gouvernement donne une chance au chef non élu d'un parti d'opposition de faire son entrée à l'Assemblée nationale. Derrière ce prétexte se cachait une autre raison : Jean Charest savait qu'il n'avait aucune chance de l'emporter dans cette circonscription représentée depuis longtemps par le péquiste Rosaire Bertrand.
La situation de l'ADQ est différente : le parti traîne une lourde dette de 600 000 $ depuis le départ de Mario Dumont. L'ancien chef a signé un bail coûteux pour loger la permanence à Montréal. Un bail qu'il est impossible d'annuler. Pire encore : les contributions financières au parti ont fondu comme neige au soleil pendant les querelles entre Gilles Taillon et Éric Caire qui ont marqué la course à la direction.
Bref, c'est un parti moribond dont a hérité Gérard Deltell. Un parti dont il faut rebâtir la base militante et les finances. Vaut-il la peine de présenter des candidats aux prochaines élections complémentaires si on n'a pas de chances de l'emporter? Ne serait-il pas plus utile de consacrer les maigres ressources qui restent à rebâtir le parti?
En 2007, Québec solidaire n'avait pas présenté de candidat contre Pauline Marois. Françoise David avait fait valoir que le parti n'avait même pas d'association formelle dans cette circonscription. Les membres avaient décidé de passer leur tour et de concentrer leurs efforts sur la préparation des élections générales. De toute manière, Québec solidaire avait eu à peine 2 % des voix aux élections précédentes dans Charlevoix.
Ce n'est pas le cas de l'ADQ pour les élections complémentaires à venir. En 2007, les adéquistes ont obtenu 34 % des voix dans Vachon, et près de 30 % dans Argenteuil. Ce score a chuté respectivement à 13,6 % et à 11 % en décembre dernier lors de la débandade de l'ADQ. Mais l'histoire prouve qu'il s'agit là de deux circonscriptions où un parti en santé pourrait causer des surprises.
En 2003 et en 2007, le péquiste Camil Bouchard a été élu par la peau des dents avec des majorités d'un peu plus de 200 voix dans Vachon. Dans Argenteuil, David Whissell a vu sa majorité de 6738 voix baisser à 2119 en 2007 et plafonner à 3490 en 2008. Il est improbable que l'ADQ, dans son état actuel, parvienne à faire élire un député dans ces circonscriptions en 2010. Mais un candidat solide et un contexte favorable pourraient démontrer que le parti est encore capable d'aller chercher 18 % des voix, comme c'était le cas sous Mario Dumont avant 2007.
«Être ou ne pas être?» Question terrible s'il en est une. «Les absents ont toujours tort», dit-on souvent. Un résultat honorable dans des élections partielles démontrerait aux militants et aux observateurs que l'ADQ pourrait reprendre sa place aux élections générales. Mais faire campagne sans moyens et sans candidats sérieux risque de faire la preuve que le parti n'a pas d'avenir.
Pas facile d'être chef, n'est-ce pas mon Gérard?










