Il est facile, en rétrospective, de jouer au gérant d'estrade. Mais il aurait été préférable de laisser le premier ministre Graham préparer les esprits au lieu de faire une annonce en grande pompe et de mettre tout le monde devant un fait accompli.
La nouvelle entente survivra-t-elle au débat politique au Nouveau-Brunswick? Difficile à dire. Mais le communiqué de presse du cabinet de Shawn Graham maintient le doute : «Le protocole d'entente, avec les changements d'aujourd'hui, mènera à la signature d'ententes définitives, qui DEVRAIENT être signées d'ici le 31 mars 2010». Ce conditionnel, dans un communiqué de presse qui a été lu et relu à plusieurs reprises par ses auteurs, est révélateur.
Malgré cette incertitude, le gouvernement Graham ne peut plus reculer. Il aurait la tâche plus facile auprès de son électorat si le PQ dénonçait l'accord et criait haut et fort que le Québec s'est fait avoir, mais ce n'est pas le cas. Les partis d'opposition à l'Assemblée nationale n'ont même pas émis un communiqué de presse sur le sujet mercredi. M. Graham, qui s'en va en élections à l'automne, doit donc faire la démonstration qu'il a pris la meilleure décision. «Il appartient maintenant à ceux qui se sont opposés à cette entente de présenter des alternatives», a-t-il déclaré mercredi. On voit là le débat électoral qui s'annonce. M. Graham cherche à renvoyer le fardeau de la preuve sur les épaules de ses adversaires.
Le gouvernement du Nouveau-Brunswick semble toutefois mieux préparé qu'à l'automne. Les documents explicatifs diffusés sur le site Internet de la province illustrent bien le dilemme devant lequel l'électorat est placé. On y fait valoir que si rien n'est fait, les tarifs d'électricité devraient augmenter d'au moins 16 % au cours des cinq prochaines années, alors que ces mêmes tarifs seront gelés pendant cinq ans si l'entente avec le Québec est signée. On y explique que les tarifs d'électricité plus avantageux permettront aux entreprises de la province d'être plus compétitives et de créer des emplois. On traite aussi de la diminution du fardeau de la dette de la province.
À Québec, Jean Charest et Nathalie Normandeau ont fait preuve d'une grande prudence mercredi afin de ne pas froisser davantage la population du Nouveau-Brunswick. L'heure n'était pas au triomphalisme. En coulisses, on raconte que le président d'Hydro-
Québec, Thierry Vandal, n'était pas très enthousiaste à la conclusion d'une telle entente lorsque le projet lui a été présenté la première fois. C'est du côté politique qu'est venue la commande. Pour Jean Charest, qui prêche la collaboration avec les autres provinces et l'ouverture du Québec sur le monde en opposition à la souveraineté, la signature d'une telle entente serait une belle victoire. Shawn Graham et lui conservent tout de même une carte maîtresse en poche : l'appui de la communauté des affaires du Nouveau-Brunswick et notamment de la famille Irving. Avec de tels alliés, la bataille n'est pas perdue.












