Ils plaident le caractère «essentiel» du boisé. Ses arbres rares, ses oiseaux, ses milieux humides, ses sentiers de marche, de vélo ou de motoneige.
Ils voudraient conserver leur voisinage comme ils l'ont toujours connu. Oublient que s'ils habitent ce quartier, c'est parce qu'un promoteur y a jadis coupé des arbres.
Le débat actuel sur le sort d'un boisé du secteur Saint-Émile, dans le nord de la ville, dépasse cependant les enjeux habituels de voisinage.
Il met en cause la source d'eau potable de la ville de Québec et, de façon plus large, l'attitude générale de la Ville par rapport au développement durable.
Les cartes du ministère de l'Environnement indiquent que ce boisé est situé dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles, deux kilomètres en amont de la prise d'eau. Le promoteur souhaite y construire de l'habitation de faible et de moyenne densité et a demandé à Québec de modifier le zonage pour inclure le boisé dans le «périmètre d'urbanisation».
Étonnamment, Québec a dit oui. La Ville a enclenché avant Noël le processus de modification de zonage.
Jusqu'à ce que le conseiller municipal Steeve Verret (Saint-Émile-Lac-Saint-Charles) et une association de citoyens de Lac-Saint-Charles sonnent l'alarme.
M. Verret s'étonne de l'empressement à vouloir développer ce terrain et plaide pour la «prudence».
«Je ne suis pas contre le développement», dit-il. Mais ce devrait être «le dernier terrain à développer». Il fait valoir qu'il y a d'autres boisés du quartier prévus pour l'urbanisation et qui sont sans risque pour la rivière.
Sans parler de tous les autres terrains disponibles près du centre de Québec, ce qui éviterait de gruger dans la couronne verte et de poursuivre l'étalement urbain.
Le maire Labeaume a dit vouloir faire de Québec un modèle de ville verte. Il en a remis la semaine dernière promettant, entre autres, de faire de Québec une ville «aquaresponsable» et un modèle de gestion de l'eau potable.
Ces bonnes intentions sont difficilement conciliables avec la désinvolture à vouloir changer le zonage pour permettre la construction dans le bassin versant de sa prise d'eau.
Peut-être n'est-ce pas si grave d'ajouter quelques centaines de maisons dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles, où vivent déjà 40 000 citoyens. Sans parler des 11 terrains de golf, des terres agricoles, des industries, etc.
Justement!
Cela rappelle qu'il y a déjà beaucoup de pression dans le bassin versant du lac Saint-Charles. Assez que le lac montre des signes de vieillissement, ce qui exige des précautions supplémentaires.
Ce n'est pas le temps d'ajouter à cette pression et de prendre des risques. Surtout quand on prétend vouloir être un modèle pour les autres.
Québec a fini par se raviser et a suspendu, il y a quelques jours, le processus de changement de zonage en attendant des informations plus précises sur les limites du bassin versant de sa prise d'eau.
Dommage qu'elle n'ait pas pensé à vérifier avant, mais l'important est de pouvoir maintenant prendre une décision éclairée.
«On ne s'improvise pas vert. Ça s'apprend», a rappelé avec raison, le parti Défi Vert de Québec.
Peut-être que ça n'a rien à voir, mais le promoteur que Québec a voulu servir avec tant d'empressement au boisé de Saint-Émile est celui-là même qui avait coupé 200 arbres sans permis à son domicile de Saint-Augustin pour améliorer sa vue sur le fleuve. Il avait alors reçu une amende de 40 000 $.
Jean Thériault, de Construction Canadienne, avait aussi reçu cinq constats d'infraction en 2008 pour avoir commencé des travaux sans permis à Charlesbourg. Sa défense : «Tout le monde construit sans permis, c'est pas nouveau». Édifiant, n'est-ce pas?


























