Sports internationaux, dont le mandat était d'attirer à Québec des événements d'envergure, s'apprêtait alors à fermer boutique, faute de moyens et de résultats.
Une poignée de rêveurs a voulu tenter un dernier coup et a plongé en catastrophe dans le projet olympique, à deux mois de l'échéance pour le dépôt d'une candidature canadienne.
Le projet n'était encore qu'embryonnaire lorsque la pression des médias a forcé le comité à en parler en public plus vite que prévu.
Le maire de Québec était «à peine au courant», et le premier ministre n'en avait jamais entendu parler, se souvient le Dr Jean Grenier, qui était de cette première étincelle.
Résultat, le projet fut attaqué dès le départ. «C'était parti de travers, et c'est resté de travers», analyse aujourd'hui M. Grenier.
En dépit du retard, des contestations et de sa trop courte montagne de ski, Québec avait fini par remonter la pente et à se hisser dans les quatre villes finalistes. Elle ignorait alors que les jeux étaient déjà faits en faveur de Salt Lake City.
«Les circonstances sont aujourd'hui plus favorables», constate M. Grenier, qui agira comme conseiller spécial pour Équipe Québec, l'organisme chargé de mettre la table pour une nouvelle candidature olympique de Québec.
Présidée par Claude Rousseau, Équipe Québec a plus de temps devant elle et profite de l'expérience des candidatures précédentes. Elle regroupe 16 personnes des milieux d'affaires et du sport qui se sont réunies une première fois cette semaine. Des recommandations sont attendues d'ici la fin de l'année.
«J'aurais aimé être entouré d'un groupe comme ça», confie M. Grenier. Fernand Labrie, qui a présidé la candidature 2010, est un peu jaloux lui aussi : «J'aurais aimé ça, l'avoir en 1998.»
La plus grosse différence entre hier et aujourd'hui n'est cependant pas dans la qualité de l'équipe, mais dans l'approche.
Pour les comités 2002 et 2010, les Jeux étaient un préalable à la construction des équipements sportifs.
Pour Équipe Québec, c'est le contraire. On veut d'abord des équipements et ensuite les Jeux.
La vraie priorité de M. Rousseau n'est pas les Olympiques, mais d'ajouter à Québec des équipements qui vont servir à l'année et qui aideront à attirer de grands événements. Il pense ici à un amphithéâtre, à un anneau de glace et à la piste de ski de Cap Maillard, dans Charlevoix.
Une candidature olympique serait un bon levier pour financer de ces équipements.
Venant d'un homme longtemps engagé dans le sport, l'olympisme et la promotion de la candidature de Québec, la remarque m'a fait sursauter : «Les Olympiques, c'est rare que ça marche», lance Jean Grenier. Il donne l'exemple de Grenoble, de Turin, de Salt Lake City, de Lillehammer, etc. Ces villes ont peu utilisé leurs équipements après les Jeux ou n'ont pas su profiter de la visibilité qu'elles ont eue.
Dans l'histoire récente des Jeux d'hiver, seule Calgary fut un grand succès, croit-il.
M. Grenier s'inquiète par ailleurs des coûts énormes des Jeux, notant que les revenus n'augmentent pas dans la même proportion.
Il croit que l'idéal serait d'arriver au même résultat (équipements, visibilité et attractivité) sans Olympiques. En d'autres mots, une omelette sans casser d'oeufs.
Fernand Labrie n'est pas de cet avis. Il insiste qu'il «faut des Jeux olympiques» pour mettre «une étampe sur une ville».
Québec s'est beaucoup consolée de l'échec de 2002 en se disant que Salt Lake City avait triché et «acheté» des votes du CIO.
Ce fut certainement un facteur, mais il y en avait d'autres. En outre, les déclarations du Canadien Dick Pound qui avait froissé ses collègues africains du CIO et sa lutte ouverte contre le président du CIO dont il convoitait la place.
On oublie surtout que Salt Lake City en était à une troisième candidature et avait construit presque tous ses équipements sans attendre d'être choisie : stade couvert, anneau de glace, tremplins de sauts, piste de bobsleigh et de ski. Tout était prêt ou en chantier avant le vote.
Je me souviens que cela impressionnait beaucoup les membres du CIO. J'étais passé par Salt Lake City à cette époque et y avais croisé quelques membres du CIO.
«Ce qu'il y a à Salt Lake City, ce n'est pas juste des mots, c'est de l'action» - Francisco Elizalde, Philippines.
«Les équipements sont déjà là, c'est la situation idéale». - Anton Geesink, Pays-Bas.
MM. Elizalde et Geesink avaient pourtant eu d'excellents mots pour Québec lors de leur passage chez nous. Mais pour qui ont-ils voté, pensez-vous?
En construisant des équipements sportifs sans attendre une sélection olympique, Québec emprunterait la même voie que Salt Lake City.
À la différence qu'on veut s'assurer que ces équipements sont en «symbiose avec la vie de Québec», insiste M. Rousseau.
Malgré les limites de sa montagne, Québec avait passé le test technique du CIO pour 2002. M. Rousseau tient quand même à revoir le dossier technique.
«Je ne veux pas aller à la guerre avec un tire-pois; je ne veux aucun talon d'Achille.»
Un dossier béton ne sera cependant pas suffisant. Il faudra relancer l'opération charme auprès du CIO et préparer les courbettes, sans garantie de résultat.
Quatre des sept dernières villes choisies pour les Jeux d'hiver n'étaient pas les favorites, rappelle Jean Grenier.
Ce fut le cas de Calgary en 1981, qui se pensait perdue d'avance parce que le Canada venait de boycotter les Jeux de Moscou et de s'aliéner les membres du CIO du bloc de l'Est.
Sauf que la ville favorite a montré de l'arrogance et qu'une candidate italienne s'est plantée lors de sa présentation vidéo et s'est querellée devant le CIO.
Calgary est arrivée tranquillement, avec son cheval, son efficacité et sa bonhomie. À la surprise générale, c'est elle qui a eu les Jeux de 1988.










