Adieu Kandahar, salut Jacmel

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Raymond Giroux
Le Soleil

(Ottawa) Coïncidence forcée, certes, mais deux pays en queue de peloton de tous les indices de développement et dirigés par des gouvernements fantômes et sans autorité réelle attirent l'attention du monde, cette semaine.

Lundi, à Montréal, la nature a forcé la main d'une douzaine de pays «amis» d'Haïti pour le sauver de la misère. Demain, à Londres, quelque 68 nations que l'on présume «amies» de l'Afghanistan se retrouveront dans une autre conférence de reconstruction. Le Canada participe aux deux initiatives, mais si la première s'amor-ce sous le signe d'un espoir, incertain mais quand même réel, la seconde cherche essentiellement à limiter les dégâts et à organiser une sortie de crise qui soit la moins humiliante possible.

Nous aurons passé neuf ans en Afghanistan lorsque la mission militaire à Kandahar prendra fin à partir de juillet 2011, au moment où les Américains enclencheront eux aussi leur départ. Pour la mission humanitaire, rien n'est planifié, mais sans protection, les civils reviendront eux aussi.

Nous arrivons à peine à Jacmel et à Léogâne, les deux communautés haïtiennes dévastées que les Nations unies ont assignées aux Forces canadiennes.

Le vocabulaire utilisé pour justifier les deux rencontres internationales, diplomatie oblige, présente des similitudes frappantes. À Montréal comme à Londres, les ministres des Affaires étrangères participants ont parlé et parleront de «collaboration», de «coordination», de «reconstruction» et de «bonne gouvernance».

Rien de cela n'existe en Afghanistan après le renversement rapide des talibans, à l'automne 2001. Si vous lisez les toutes dernières dépêches de la presse internationale, le président Karzaï se présente à Londres les mains absolument vides. Il vient d'être réélu, mais à la suite d'un processus dénué de toute crédibilité.

Les Américains en ont par-dessus les oreilles de son incurie et ne serait-ce de leur défense nouvelle des apparences démocratiques, ils le remplaceraient bien par un pion de leur obédience.

Mais comme le disait Hillary Clinton devant les journalistes, à Montréal, cela ne se fait plus, au XXIe siècle.

La nouvelle stratégie en gestation consiste dans un premier temps à renforcer temporairement le front militaire avec

l'impact croissant de près de 40 000 soldats supplémentaires des États-Unis et de l'OTAN.

En parallèle, les participants donneront encore plus d'argent au gouvernement de Kaboul pour lui permettre de littéralement acheter les combattants talibans.

Les concepteurs de ce plan espèrent qu'en affaiblissant ainsi les combattants ennemis, ils forceront leurs chefs à entreprendre des négociations politiques.

Le Canada a rejeté l'option militaire, avec raison, et devrait se tenir loin des «politiques d'achat» des esprits et des coeurs. L'échec de cette initiative est jusqu'ici patent, et ce n'est pas en haussant la mise que Karzaï assurera la paix dans son pays.

En politique comme en philanthropie, il faut savoir choisir ses causes. Celle de l'Afghanistan, louable au départ, a dégénéré faute d'efforts suffisants quand cela comptait, sans oublier la gaffe irakienne de George W. Bush.

Celle d'Haïti, par contre, mérite un engagement profond. La population locale nous veut, les contacts sont établis depuis plus d'une génération déjà.

Lawrence Cannon et ses collègues ont tout intérêt à modifier leur emploi du temps à partir de maintenant en fonction d'un retrait de Kandahar et d'une arrivée à Jacmel et à Léogâne.

Leur temps et notre argent seront mieux utilisés, d'autant plus que le Canada et le Québec sont écoutés à Port-au-Prince et peuvent y influencer le cours des événements.

 

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