Ne me dites pas pourquoi. Ni surtout comment c'est arrivé.
Un bon conseiller en relations publiques préfère ne pas connaître ce genre de détails.
Évidemment, vous pouvez laisser le temps suivre son cours, en espérant que le monde finira par oublier.
«Le bonheur, c'est d'avoir la santé et de posséder une mauvaise mémoire», répétait le cinéaste Ingmar Bergman.
Blague à part, sachez que de nos jours, les gens qui ont de gros ennuis s'en tirent souvent en passant aux aveux en public. Si ça fonctionne pour Tiger Woods, Bill Clinton ou l'ancien roi des circuits, Mark McGwire, pourquoi pas pour vous?
Le choix vous appartient. Mais pensez vite.
Comme on le dit dans notre milieu, il est plus facile de manger le corbeau quand il est encore chaud.
C'est vrai, les excuses en public constituent un mauvais moment à passer. Mais pas tant que ça. Grâce aux progrès des relations publiques, les Britanniques comparent l'expérience à celle «de se faire taper sur les doigts avec un billet d'autobus mouillé».
D'abord, il importe de bien choisir vos mots. Ne rien laisser à l'improvisation. Par-dessus tout, il faut éviter de rappeler la faute d'une manière trop claire.
Le hockeyeur Patrice Cormier, qui vient d'être suspendu pour avoir asséné un coup de coude vicieux à un adversaire, a qualifié son geste de «réflexe regrettable».
Bill Clinton a demandé pardon pour avoir entretenu une «relation inapropriée» avec la stagiaire Monica Lewinsky. Après que des téléspectateurs eurent été scandalisés d'apercevoir un sein de Janet Jackson lors d'un spectacle du Super Bowl, celle-ci a exprimé des regrets pour un «accident de garde-robe». Et le joueur de baseball Alex Rodriguez a déclaré qu'il s'était fait administrer des
«substances interdites», sans donner plus de précisions. «Je savais qu'on ne prenait pas des Tic Tac», a-t-il résumé.
Soyez vagues. Mais pas trop. Les excuses et la poésie font rarement bon ménage. Tout le monde n'a pas la verve de l'ancien maire de Washington, Marion Barry, qui parvint à se faire pardonner un séjour en prison pour possession de drogue. «J'ai été dans la vallée; je sais à quoi elle ressemble. Dieu m'a permis de revenir au sommet de la montagne», avait-il récité.
Souvent, les demandes de pardon réussies dégagent une impression de modestie. Le fautif ne doit pas avoir l'air de se chercher des excuses. Rien à voir avec le quart-arrière Joe Namath, qui expliquait : «Jusqu'à l'âge de 13 ans, je croyais que mon nom était : tais-toi».
Last but not least, on conseille d'éviter l'humour. Malheur à celui qui essayera de jouer les Woody Allen, en badinant : «À l'école, on m'a renvoyé d'un examen de métaphysique pour avoir plagié. Je regardais l'âme de mon voisin».
Les excuses publiques ne constituent pas une science exacte, même si elles font désormais l'objet de savantes études. On y lit que la manoeuvre fonctionne de moins en moins pour les politiciens. Il y en aurait trop, paraît-il. En revanche, les artistes et les sportifs auraient encore de belles années d'excuses devant eux.
Un chroniqueur du New York Times a récemment analysé les aveux d'infidélité de Tiger Woods.
Selon lui, l'athlète aurait gagné à être plus positif et plus déterminé. «Il ne sera peut-être pas possible de réparer le dommage que j'ai causé», a dit Tiger. Erreur. Il semble qu'il aurait fallu dire : «J'espère vivre assez longtemps pour réparer le dommage que j'ai causé».
Les spécialistes diront aussi que le fait de verser quelques larmes peut constituer un atout. Mais il ne faut pas en abuser. Surtout si vous avez une réputation de dur à cuire. Conan le barbare qui sanglote en demandant pardon à maman, ça ne fait pas très crédible.
L'ancien gouverneur de l'État de New York Eliot Spitzer s'était fait connaître en menant une lutte féroce contre le crime organisé et la fraude à Wall Street. Aussi, lorsqu'il se fit pincer en compagnie de prostituées, en 2008, ses excuses larmoyantes n'eurent pas un grand effet.
Personne n'y percevait une once de sincérité.
En matière d'excuses, il paraît qu'il faut toujours dire la vérité, même s'il faut la fabriquer...










