Mme Roy Marinelli estime que sa ville est victime d'injustice dans le financement du transport en commun.
Elle réclame à rebours la totalité de la taxe de 30 $ sur les plaques d'immatriculation perçue à Lévis depuis le début des années 90 : au bas mot, 20 millions $.
À l'époque où Jean Garon dénonçait la même chose, on en faisait peu de cas. Peut-être parce qu'on s'était habitué à ce que le maire Garon grogne pour tout.
Mais surtout parce que le transport en commun n'était pas dans l'air du temps. Pourquoi se battre pour financer des autobus à Lévis si les citoyens n'en voulaient pas?
Les choses ont changé. L'achalandage est en hausse sur la Rive-Sud, Lévis a ajouté des autobus et des parcours, la Ville a augmenté sa contribution, et on travaille maintenant à accroître la fluidité et la fiabilité du réseau.
Cela coûte évidemment plus cher. D'où l'appel de Mme Roy Marinelli à un meilleur financement du gouvernement. Pour bien se faire comprendre, la mairesse y a joint un ultimatum :
Si Lévis n'obtient pas ce qu'elle demande, elle coupera 20 % de son service d'autobus et boycottera les échanges sur le transport en commun avec la Rive-Nord. On pense ici au comité sur la mobilité durable.
Venant d'une mairesse conciliante et peu encline à la confrontation, le ton a surpris. Cela en dit long sur son agacement à voir traîner le même contentieux depuis près de 20 ans.
Mais il faut en prendre et en laisser.
Je doute que Mme Roy Marinelli se risque à couper dans le service d'autobus et à bouder les discussions sur l'avenir du transport régional, dont elle a tout à gagner. Les citoyens de Lévis ne sont-ils pas les premiers à souffrir de la congestion grandissante sur les ponts?
Ce n'est pas par hasard si la mairesse brandit sa menace à la veille du dépôt d'un rapport sur le financement du transport en commun à Lévis commandé par le gouvernement.
Mme Roy Marinelli a voulu mettre un peu de pression, ce qui est de bonne guerre.
Ce rapport examinera la formule de partage de la taxe de 30 $ sur l'immatriculation et nous dira si Lévis est vraiment victime d'injustice par rapport à la Rive-Nord.
En attendant, le tableau ci-dessus présente quelques chiffres qui ne répondent pas directement à la question, mais placent le débat.
La vérité est qu'on se fout complètement de la querelle technocratique sur le partage du fonds d'immatriculation. Que l'argent vienne de ce fonds ou d'ailleurs importe peu.
Ce qui compte, c'est de savoir si le transport en commun est financé adéquatement à Lévis. Et de se demander ce qu'on gagnerait à le financer mieux.
La réponse est évidente. Cela vaut la peine. Le gouvernement l'a compris aussi et investit de plus en plus dans le transport en commun. Y compris à Lévis.
Ce qui est bien plus exaspérant que les tergiversations sur la taxe sur l'immatriculation, c'est l'incapacité chronique des deux rives à coordonner leurs transports en commun.
Voici plus de 15 ans qu'on promet un lien interrive qui permettrait de passer facilement d'un réseau à l'autre.
Ça ne semble pourtant pas si compliqué : une station de transit près des ponts, des voies réservées pour échapper à la congestion, l'arrimage des horaires et des tarifs, un peu de volonté politique. C'est ce qui a manqué le plus. La volonté.
Mais peut-être est-ce aussi en train de changer.
Lévis prévoit mettre en chantier en 2011 un «centre d'échanges», dans le secteur du chemin du Sault et du boulevard de la Rive-Sud. Les réseaux d'autobus à l'ouest et à l'est de la Chaudière s'y rencontreront, ce qui permettra d'optimiser les déplacements vers la Rive-Nord.
Ce centre d'échanges pourrait aussi devenir le point de départ d'un nouveau circuit Métrobus vers l'Université ou la colline parlementaire. Là, on commence à causer.
Et qui sait, un jour peut-être, un train de banlieue, un système léger sur rail, un tramway interrive. Mais ne rêvons pas trop vite. On traversera le pont quand on sera rendu à la rivière.















