Une patate chaude dans les déchets de table

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François Bourque
Le Soleil

(Québec) Québec s'engage enfin dans la collecte des déchets de table et des matières putrescibles. Les premiers bacs seront distribués à partir de l'automne 2012.

La Ville n'obligera pas les citoyens à y participer, mais elle prévoit cesser la collecte hebdomadaire des ordures qui sera remplacée par celle des matières putrescibles. Un incitatif irrésistible.

Les sacs et bacs à déchets traditionnels ne seront ramassés que toutes les deux semaines, en alternance avec les bacs bleus. Ceux qui jetteront encore leurs restes de table aux ordures vont endurer plus longtemps les mauvaises odeurs. Leurs voisins aussi, ce qui ajoutera à la pression.

Québec construira une usine de «biométhanisation» pour traiter les restes de table. Le gaz et le compost produits pourront servir dans le transport, le chauffage ou l'agriculture.

Les élus des trois niveaux de gouvernement ont vanté cette semaine le caractère novateur des pratiques environnementales de Québec, qui veut devenir un modèle de «ville verte».

Il est vrai que Québec utilisera une technologie de pointe.

Mais pour la collecte des matières putrescibles, elle ne fait que suivre la parade. Cela fait plus de 15 ans que les projets traînent, faute de volonté. Même Montréal est en avance!

Ce qui n'empêche pas Québec de bien performer. Quatre citoyens sur cinq mettent leur bac bleu au chemin, et les volumes de récupération ne cessent d'augmenter.

Lorsqu'on se compare aux meilleures, on voit cependant qu'il reste beaucoup à faire.

Québec vise à rejoindre 70 % des portes résidentielles d'ici 2015 avec la collecte des matières organiques. Même si elle y arrive, 40 % de nos déchets iront encore à l'incinérateur.

Pendant ce temps, San Francisco vise rien de moins que Waste zero pour 2020 : recycler la totalité de ses déchets. Elle prend pour cela les grands moyens : obligation de récupérer, tarification des bacs, rabais aux plus performants, politique de dénonciation contre les voleurs de déchets, etc.

Québec n'envisage pas ces «solutions de derniers recours». Elle préfère miser sur l'éducation, l'information et les mesures incitatives, explique Benoît Delisle, directeur de la gestion des matières résiduelles.

Cela semble lui réussir, comme le prouve l'exemple des résidus verts. Québec aurait pu imposer des amendes aux citoyens qui jettent le gazon coupé aux ordures. Il lui a cependant suffi de donner de l'information et des avertissements pour changer les habitudes et sortir le gazon des poubelles.

Le recyclage des déchets de table exigera des efforts au quotidien. Comme pour tout changement, il y aura sans doute de la résistance, mais il n'y a pas d'arguments pour s'y opposer.

Pas même celui des coûts. Il en coûtera le même prix par tonne pour transporter et traiter les déchets organiques que pour les brûler à l'incinérateur.

Reste la délicate question de la localisation de l'usine.

Contrairement à un incinérateur, une usine de méthanisation ne rejette ni cendres ni odeurs. Elle génère cependant du camionnage, et comme on ne va pas transporter des roses, il y aura nécessairement une nuisance pour les voisins.

Québec avait au départ déterminé 17 emplacements possibles, avant de ramener la liste à 6. Lors d'une réunion du Comité de vigilance de l'incinérateur, en mai dernier, M. Delisle avait indiqué qu'un seul pouvait convenir si la Ville choisissait la technologie de «digestion anaérobie». Ce qu'elle vient de faire.

M. Delisle maintient qu'il n'y a toujours qu'un seul endroit répondant à tous les critères (technologie, coûts, nuisance, centralité pour le transport, etc.).

Selon nos informations, ce terrain est situé dans le port de Québec, près de l'usine de traitement des eaux usées. M. Delisle n'a pas voulu confirmer. Sa prudence pourrait s'expliquer par le fait que la Ville n'est pas encore propriétaire du terrain et ne veut pas nuire aux négociations.

Des citoyens de Limoilou ont déjà prévenu qu'ils ne veulent pas d'une nouvelle usine de traitement de déchets dans leur quartier, estimant subir déjà suffisamment de nuisances : incinérateur, Arrimage du Saint-Laurent, trafic lourd sur Henri-Bourassa, etc.

En campagne l'automne dernier, le maire Labeaume a promis qu'il n'ajouterait pas aux nuisances dans Limoilou. Il faisait alors référence à une usine de compostage.

Maintenant qu'on parle d'une usine de méthanisation sans odeurs, c'est «différent», explique le cabinet du maire, qui maintient que la décision n'est pas prise.

On verra si les citoyens de Limoilou l'entendent de la même façon. Il y a une patate chaude dans le bac des déchets de table.

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