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Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Récession économique, guerre en Afghanistan, controverse sur les gaz à effet de serre, scandale dans la construction, renouvellement du leadership de l'opposition, tous les éléments habituels susceptibles de faire dégringoler les gouvernements dans les sondages sont en place, mais rien ne bouge. À Montréal, on a réélu une administration municipale minée par les scandales. À l'échelle québécoise et canadienne, l'électorat semble à court d'espoir et figé dans le temps.

À Ottawa, l'élection d'un troisième gouvernement minoritaire en l'espace de quatre ans aurait dû placer Stephen Harper dans une situation vulnérable, mais c'est l'inverse qui se produit. Con­vaincu que de nouvelles élections générales ne donneront rien et mèneront à la réélection d'un quatrième gouvernement minoritaire, l'électorat ne veut plus d'appel au peuple.

Pourtant, frustré par le scandale des commandites, ce même électorat avait clairement manifesté sa demande pour du changement. Il a décimé les rangs des libéraux en 2006 et a reconfirmé Stephen Harper à la tête du gouvernement en octobre 2008. Il ne lui a jamais donné de majorité, mais le laisse gouverner comme s'il était majoritaire.

La guerre en Afghanistan est impopulaire, les politiques des conservateurs font sourciller, les relations avec les médias sont mauvaises, mais rien n'y fait. Même au Québec, 37 % des gens se disent satisfaits de ce gouvernement. Les Québécois estiment que Jack Layton ferait le meilleur premier ministre du Canada, mais ils continuent de voter pour le Bloc québécois, un peu par habitude, tout en sachant que Gilles Duceppe ne prendra jamais le pouvoir.

On a cru un moment que Stéphane Dion était seul responsable des problèmes des libéraux. L'arrivée de Michael Ignatieff a démontré que le malaise était encore plus profond. Le Parti libéral du Canada, qui a fait la pluie et le beau temps à Ottawa pendant de nombreuses décennies, est incapable de porter à nouveau flambeau du changement et des grandes politiques sociales.

Québec : l'appétit n'est pas au rendez-vous

À Québec, le gouvernement Charest se maintient autour de 40 % dans les sondages après sept ans de pouvoir, et le PQ plafonne autour du même pourcentage, malgré deux changements de chef et la fin des querelles publiques sur la démarche souverainiste. Pourtant, il n'y a pas d'enthousiasme délirant à l'endroit du gouvernement Charest. En mars 2007, les électeurs avaient manifesté leur mécontentement et demandé du changement en accordant l'opposition officielle à Mario Dumont. Mais il a vite déchanté et a renvoyé les adéquistes chez les tiers partis en décembre 2008. Dumont parti, les adéquistes tentent de reprendre leur place de droite sur l'échiquier politique, mais ils sont appauvris, divisés et désorganisés. Le seul député de Québec solidaire, Amir Khadir, que personne ne prenait au sérieux au moment de son élection, occupe maintenant autant de place que Gérard Deltell dans les médias d'information.

Au Parti québécois, Pauline Marois a ramené au bercail les militants qui ne se retrouvaient pas dans le discours d'André Boisclair. Elle a débarrassé le parti du fardeau de l'échéancier référendaire, et elle a marginalisé la gauche orthodoxe qui faisait la pluie et le beau temps aux réunions du conseil national. Elle a reporté à 2011 les discussions de fond sur la souveraineté, et occupe entre-temps ses militants à discuter des politiques culturelles, sociales et économiques d'un prochain gouvernement provincial péquiste.

Mais contrairement à ses prédécesseurs comme Jacques Parizeau ou Bernard Landry, dont les politiques collaient à des écoles de pensée bien établies comme l'interventionnisme d'État, Mme Marois semble encore hésitante ou indécise sur les orientations à donner aux politiques du parti. Sa déclaration de cette semaine sur les demandes syndicales des employés de l'État est un bon exemple. Pendant que Gérard Deltell dénonce ces demandes et qu'Amir Khadir les appuie, la chef du PQ n'a pas de position claire et les estime «un peu élevées».

Après avoir dirigé plusieurs ministères sous Parizeau, Bouchard et Landry, Mme Marois connaît la réalité et les contraintes du pouvoir, ce qui explique sans doute ses efforts de mettre des nuances dans ses déclarations. Mais il est difficile de vendre des politiques imprécises et tout en nuances.

Pendant ce temps, Jean Charest continue de gouverner en évitant le plus possible de faire des vagues. Il va d'étude en étude et de consultation en consultation, sans soulever trop d'espoirs ou créer trop de déceptions.

Que veulent les Québécois?

Comment expliquer la patience de l'électorat devant une telle situation? C'est peut-être que les Québécois, comme l'ensemble des Canadiens, sont finalement convaincus de l'incapacité des politiciens de changer les choses dans le contexte budgétaire actuel. Barack Obama a pris le pouvoir avec un slogan : «Yes, we can!» Les politiciens canadiens nous disent que nous ne pouvons pas.

Fédéralistes et souverainistes s'entendent pour constater qu'aucun des deux groupes n'est en mesure de faire progresser le débat national depuis l'échec de Meech et le référendum de 1995. Libéraux et péquistes s'entendent aussi pour dire que les finances publiques nous placent devant un cul-de-sac. Tant que le gouvernement fédéral faisait des surplus, les péquistes pouvaient dire que l'argent était à Ottawa, mais ce n'est plus le cas. Seuls les adéquistes et Québec solidaire prétendent avoir des solutions.

Canadiens et Québécois ont-ils conclu qu'ils n'ont plus les moyens de leurs espoirs? Serait-ce plutôt qu'en ces temps incertains, ils ne veulent pas brasser la cage politique et se contentent du statu quo? Est-ce l'absence de charisme ou le manque de passion chez nos leaders? Difficile à dire. Mais ce qui saute aux yeux, c'est qu'on ne voit pas de tendances lourdes annonçant des grands virages dans les coups de sonde des dernières années.

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