L'art de se tirer dans le pied

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Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Même si la situation politique a changé depuis l'automne, les faits qui ont mené aux demandes d'enquête sur l'industrie de la construction sont les mêmes. Les cas de collusion sur les appels d'offres, de blanchiment d'argent, de copinage entre certaines administrations municipales et les constructeurs, d'infiltration du crime organisé sont autant d'arguments qui militent toujours pour la tenue d'une telle enquête.

Ce qui est moins évident, c'est l'argument des coûts, invoqué par les partisans de l'enquête. Hier encore, le député Amir Khadir de Québec Solidaire a publié un communiqué de presse affirmant que tant qu'il n'y aura pas d'enquête, «nous sommes condamnés à payer 37 % de plus par kilomètre de route».

Cette affirmation a été tellement reprise au cours des derniers mois qu'on a fini par croire qu'elle était fondée sur une étude crédible. La critique adéquiste Sylvie Roy, qui l'a utilisée à maintes reprises, s'était basée sur une étude comparative du ministère fédéral des Transports, publiée en 2006 et remise à jour en 2008. Or les auteurs avaient fait une mise en garde importante : les méthodes comptables utilisées par les différents paliers de gouvernement sont trop différentes pour utiliser les données recueillies à des fins comparatives. Il est donc imprudent de soutenir qu'il y a des économies de 4 milliards $ à faire dans la cons­truction si on parvient à assainir cette industrie.

Par contre, il devient de plus en plus évident que seule une enquête publique permettrait de faire la lumière sur les irrégularités de toutes natures qui ont terni la réputation de ce secteur d'activités.

Les principaux acteurs montrés du doigt au cours des derniers mois se font sans doute moins gourmands et plus discrets pendant l'enquête policière en cours, mais ce n'est que partie remise. Ce ne sont pas les mises en accusation de quelques individus, si mises en accusation il y a, qui permettront d'identifier les vices structurels de cette industrie. Il faut donc une enquête. Le défi est de bien cibler une telle enquête.

Il est dommage que les péquistes n'aient pas répondu à l'invitation des autres partis d'opposition qui voulaient faire front commun pour demander une enquête publique. À la place, ils se sont empressés de lancer une pétition électronique dont les résultats décevants seront utilisés par le gouvernement Charest pour ne pas bouger.

En fixant au 4 février l'échéance pour signer cette pétition, alors qu'ils avaient jusqu'au 4 mars, ils ont oublié que la période des Fêtes et les vacances parlementaires de janvier diminueraient l'intérêt de la population pour leur initiative. Le blitz de signatures des députés péquistes en fin de semaine et hier n'a fait qu'accréditer l'impression que la pétition n'a pas donné les résultats anticipés. Bref, on s'est tiré dans le pied.

Il faudra donc bien davantage pour convaincre le gouvernement de déclencher une enquête. L'opposition a peut-être encore des munitions. On le verra la semaine prochaine, lors de la reprise des travaux de l'Assemblée nationale. À défaut de faits nouveaux, c'est le débat sur les finances publiques et l'exercice budgétaire qui occupera les esprits.

 

Lu vendredi dernier dans le Globe and Mail : les libéraux fédéraux seraient favorables à une hausse de la TPS. Le gouvernement Harper s'est engagé à ne pas le faire, mais Raymond Bachand devrait se méfier : s'il fallait que le gouvernement fédéral change d'idée et revienne sur cette décision, le Québec ne pourrait plus prétendre occuper l'espace fiscal laissé par le fédéral pour hausser la TVQ en janvier 2011.

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