Sa facture venait d'exploser de 4000 $, passant de 5524 $ à 9490 $. Une hausse de 72 %. Le «choc», décrit-elle.
La dame ne l'avait pas vu venir. Au ton de sa lettre, elle semblait en vouloir au maire Labeaume. En décembre, au dépôt du budget, elle s'était fiée à sa parole : une hausse moyenne de 1,9 % pour les maisons.
«1,9 % mon oeil!» s'est-elle emporté en ouvrant son compte de taxes la semaine dernière.
Pour être précis, le maire avait plutôt parlé de 2,25 %, mais là n'est pas le débat.
D'ailleurs, le maire n'y est pour rien si la maison de cette dame a quadruplé de valeur en six ans. C'est ce qui explique la hausse vertigineuse de taxes.
La dame vit ici le paradoxe de beaucoup de propriétaires : fiers que la valeur de leur maison augmente plus que la moyenne; catastrophés de payer les hausses de taxes qui viennent avec. Ils n'en ont pas toujours les moyens même si, sur papier, ils sont plus riches.
Ma correspondante envisageait le pire : vendre maison et atelier et renoncer au «gagne-pain» de son conjoint depuis 16 ans.
Elle s'est défendue de «vouloir faire pitié». «On habite un beau coin quand même», un «coin hot depuis trois ans... privilégié au niveau des événements culturels».
Mais pourquoi, demande-t-elle, «aurions-nous à payer pour ce flot de touristes et de banlieusards à l'affût de la moindre activité GRATUITE?»
Elle avait écrit gratuite en majuscules. J'ai oublié de lui demander pourquoi, mais j'ai mon idée.
Peut-être pour suggérer que s'il y avait moins d'activités gratuites, la Ville n'aurait pas besoin de prélever autant de taxes.
Je lui ai finalement parlé lundi matin. Elle avait eu le temps de se calmer. Le ton était posé, presque résigné. Elle n'envisageait plus de vendre, mais se préparait à contester l'évaluation de sa maison.
Elle croyait avoir trois motifs :
1- l'augmentation de taxes qu'elle jugeait «exagérée»;
2- un désaccord sur la valeur réelle de sa maison;
3- un sentiment d'injustice par rapport à l'évaluation des voisins.
Un cas classique. J'imagine que vous êtes des milliers à penser la même chose ces jours-ci.
Sauf que pour le service d'évaluation de la Ville, une seule de ces questions est pertinente : la valeur est-elle crédible? Correspond-elle au prix du marché? Vous serait-il possible de trouver un acheteur pour ce prix?
Si la réponse est oui, l'affaire est entendue. Et votre cause, perdue d'avance.
Depuis la mi-septembre, plus de 7500 citoyens de Québec ont téléphoné à la Ville. Une centaine ont obtenu une correction sur-le-champ : des erreurs évidentes. Environ 250 ont choisi de contester, insatisfaits des explications fournies ou en désaccord.
C'est peu pour 167 000 unités d'évaluation, mais attendez. Le gros de la vague est à venir.
Lors du dernier rôle, le nombre de contestations avait bondi de 500 à 2300 après l'envoi des taxes.
Il en coûte 75 $ pour inscrire une contestation et les chances de gagner sont minces. Mais vous pouvez téléphoner pour avoir des explications. Les évaluateurs promettent de répondre dans les meilleurs délais, mais en période de pointe, cela peut aller jusqu'à une dizaine de jours.
Le téléphone : 418 641-6193
Le courriel : evaluation@ville.quebec.qc.ca
J'y pense, je n'ai pas reçu une seule lettre de citoyen content de sa baisse de taxes, car il s'en trouve. Je parie que la Ville non plus n'a rien reçu. C'est fou comme les citoyens sont parfois ingrats.











