J'ouvre ici une parenthèse pour rappeler qu'il se passe une quantité affolante de choses, chaque petite seconde. Deux enfants voient le jour, quelque part dans le monde. La foudre frappe 100 fois la planète. La Terre parcourt environ 29,8 kilomètres dans sa course autour du soleil.
Mais ne nous égarons pas. Car le gros des demandes d'enquête publique sur l'industrie de la construction, ça remonte déjà à l'automne dernier. Autrement dit, il y a une éternité et demie.
Chaque jour, ou presque, les médias révélaient un nouvel épisode. Contrats arrangés, fausses factures, pots de vin, alouette. Tout ce qui grouillait et grenouillait au Québec réclamait une enquête. L'Ordre des ingénieurs, le Syndicat des professionnels du gouvernement, l'Association des policiers provinciaux, l'Association des procureurs de la couronne, le maire de Québec, et j'en passe.
En cherchant bien, les mauvais plaisantins relevaient l'absence troublante de l'amicale des fabricants de pélicans en bois et celle de l'union des embouteilleurs de crème de menthe transgénique évitant les maux de tête.
Mais les mauvais plaisantins ne perdaient rien pour attendre, car les apparences se révèlent souvent trompeuses. Comme disent les pessimistes, quand tout le monde se dirige dans votre direction, ne criez pas victoire trop vite. Vous circulez peut-être sur la mauvaise voie, dans le mauvais sens.
Un peu avant Noël, on pouvait entendre un commentateur expliquer que la pression était devenue «intenable» pour le premier ministre Jean Charest.
Il exagérait un peu, mais le premier ministre apparaissait bien seul. À ses côtés, pour refuser une enquête publique, on ne remarquait plus que la FTQ, la Commission de la construction et le maire de Laval, Gilles Vaillancourt.
Sans vouloir être irrespectueux, ces gens avaient toute la crédibilité du renard qui refuse qu'on tienne des statistiques précises sur les principales causes de mortalité chez les poulets.
Mais qu'à cela ne tienne. Jean Charest s'est empressé de ne rien faire.
Ou plutôt, il a misé sur la force de l'inertie. Il a d'abord lancé quelques enquêtes policières, comme on lance du pain aux moineaux. Puis, il a parié que le temps finirait par balayer tout ça. Comme les cachotteries autour de la Caisse de dépôt. Comme les promesses de dégager des surplus budgétaires, lors de la dernière campagne électorale.
Jusqu'ici, le temps lui donne raison.
Hier, la pétition électronique du Parti québécois réclamant une enquête publique avait recueilli 38 152 signatures.
C'est trois fois moins que la pétition qui dénonçait l'augmentation du tarif des garderies de cinq à sept dollars. Deux fois moins que celle qui s'opposait à la privatisation partielle du parc du mont Orford. Même la pétition contre la fermeture du jardin zoologique de Québec avait recueilli plus de 55 000 signatures.
L'opposition en est réduite à se chercher des excuses. La faute au magasinage du mois de décembre. La faute au temps des Fêtes. La faute au drame en Haïti. «Pourquoi pas la faute à la concurrence de la Saint-Valentin?» a dit à la blague un journaliste de TVA...
Samedi, quelques centaines de braves ont manifesté devant les bureaux du premier ministre, à Montréal, pour réclamer une enquête publique. Parions que cela n'a pas empêché Jean Charest de dormir, lors de son voyage officiel en Inde.
Je sais. Votre maman répète souvent qu'en politique, rien n'est impossible. Mais pour l'instant, les probabilités d'assister à une enquête publique sur l'industrie de la construction voisinent celles de gagner le gros lot du 6/49, sans dépasser les chances d'être mordu par un requin, qui sont elles-mêmes très inférieures à celles d'être attaqué par une vache.
«La route qui mène au succès est toujours en construction», disait le golfeur Arnold Plamer.
Tiens, tiens. Sûr qu'il devait revenir d'un voyage au Québec...









