Parce que malgré tout le blâme qu'on lui fait porter, c'est peut-être de la compassion que devrait nous inspirer le député, tellement il joue de malchance depuis qu'il a quitté la politique municipale.
Mettez-vous à sa place... Il a mis son chef et ami Jean Charest dans l'embarras en révélant que le parti lui verse un salaire caché de 75 000 $. Il a servi de boîte aux lettres pour une contribution illégale de 500 $ à un ami candidat à la mairie de Rivière-du-Loup... qui l'a dénoncé. Il a négligé de s'enregistrer comme lobbyiste et s'est fait dénoncer par le maire de Rimouski, un autre ami. Et, comble de malheur, il s'est fait pogner par la police de Québec le 24 septembre à la sortie d'un souper bien arrosé «entre amis», et a perdu son permis de conduire pour l'année 2010.
«Pôvre de pôvre M. D'Amour», aurait dit le regretté Marc Favreau. Mercredi matin, alors que le mercure nous gelait les fesses à - 25 °C, le député, qui a obtenu un permis de conduire restreint pour travailler, devait souffler dans un antidémarreur pour faire partir son véhicule. On peut se geler la langue sur le bidule à cette température!
Alors on le comprend, M. D'Amour, de nous dire aujourd'hui qu'il regrette. Son problème, c'est qu'il regrette trop souvent. Il avait dit la même chose le 19 décembre en plaidant coupable de conduite avec les facultés affaiblies. Il avait dit «regretter au plus haut point ce qui s'est passé et accepter les conséquences de son geste». Mais il n'avait pas poussé l'audace jusqu'à prétendre qu'il ignorait la loi, comme il l'a fait pour ses activités de lobbyisme...
C'est tout de même surprenant d'entendre le premier ministre Charest, avocat de formation, dire que son député avait agi de bonne foi et ne savait pas qu'il avait enfreint la loi. Depuis quand est-il permis d'ignorer la loi? Est-ce à dire qu'à la prochaine occasion, je pourrai plaider l'ignorance des limites de vitesse pour contester mes contraventions?
«Manque de jugement»
Mercredi, Jean D'Amour a dit qu'il voulait «tourner la page». Ce n'est pas la page mais des chapitres au complet qu'il lui faudra tourner. Même Liza Frulla, dont le mandat est de défendre les libéraux au Club des ex, a déclaré que le député «manque de jugement». Imaginez un peu ce qu'en disent ses collègues...
L'ancien maire de Rivière-du-Loup était pourtant promis à un meilleur avenir. Après avoir insufflé un regain de vie à l'économie de sa région, il se voyait ministre. Mais la politique, c'est comme le baseball : trois prises et vous êtes retiré du jeu. Pas de chance, le pauvre homme en est à sa quatrième prise... Achèteriez-vous un billet de loterie avec lui?
Les péquistes devraient le remercier. Quel service il leur a rendu en révélant que Jean Charest touchait un salaire de 75 000 $ de son parti! Et quel service il leur rend encore, cette semaine, en ramenant la question de l'éthique sur le tapis à quelques jours de la reprise des travaux parlementaires!
Le député de Rivière-du-Loup pourra demeurer au sein du caucus libéral. Les esprits tordus vous diront que le premier ministre avait été plus sévère en forçant Julie Boulet à démissionner du cabinet pour une peccadille, une question de dosettes données à la clientèle âgée de sa pharmacie. C'était de la p'tite bière par rapport aux gaffes de M. D'Amour.
Serait-ce que le député en sait trop sur le Parti libéral et son financement après en avoir assumé la présidence? On n'en serait pas surpris...












