Les «jobs» : cinq ans encore

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Raymond Giroux
Le Soleil

(Ottawa) Ottawa n'a pas fini de ramer : le gouvernement a annoncé hier par l'entremise d'un porte-parole anonyme son intention, je dirais plutôt son rêve, de ramener le taux de chômage à son niveau d'avant la crise.

Dans le grand combat du bien contre le mal, je ne peux que concourir avec cet objectif, et les grosses pointures du Conseil des ministres s'évertuent depuis hier à trouver la solution magique, dans le calme du lac Meech.

La volonté de relancer le marché de l'emploi, par des méthodes encore inconnues, se veut la priorité des conservateurs. Elle correspond d'ailleurs à l'état de l'opinion publique, qui a compris depuis longtemps les méfaits du chômage.

Si tous les indices rapportent la fin de la récession et une timide reprise de l'économie, le mouvement se fait sans création d'emplois réelle.

Voici quelques chiffres qui n'ont rien pour remonter le moral. Avant la crise, en 2008, le taux de chômage se montait à 6,1 %, un plancher record pour les 30 dernières années.

L'an dernier, une première poussée haussait ce taux à 8,3 %, selon la moyenne des prévisions économiques du secteur privé rendue publique cette semaine.

Espoir léger, mais espoir quand même, le même groupe s'attendait à un taux de 8,5 % lors de sa mise à jour de septembre dernier.

Toute prévision sur un horizon de cinq ans comporte un niveau de risque élevé, mais citons quand même les économistes : ces derniers prévoient un taux de 6,6 % en 2014.

Flaherty hanté

Le constat est clair : nous serons toujours à un taux supérieur de 0,5 % à celui de la dernière année de prospérité. Nous ne sommes pas sortis de l'auberge, et cette situation de longue durée hante le ministre Jim Flaherty.

Car la première conséquence de cette carence d'emplois - hormis évidemment les personnes concernées - touche les finances publiques.

Les revenus du gouvernement, nous dit la plus récente Revue financière de son ministère, ont baissé de 18,3 milliards $ d'avril à novembre 2009, ce qui compte pour la moitié du déficit en cours.

D'où le problème de M. Flaherty et de son patron, Stephen Harper, et la priorité que nous a expliquée hier la personne que l'on peut citer mais pas nommer, règles du jeu obligent, celui qui publie son nom n'étant pas invité au breffage suivant.

Alors, tout pour la création d'emplois, dit la sagesse politique qui correspond dans ce cas précis aux intérêts électoraux du parti au pouvoir comme à ceux de toute la population.

Mais pas question d'améliorer le plan de relance qui amorce sa deuxième et dernière année. Que faire des milliers de personnes qui auront écoulé leurs prestations d'assurance emploi? Pas un mot encore.

La ministre Diane Finley besogne au dossier et cherche des avenues possibles pour soulager ces gens, mais nous trouverons le fin mot dans le budget du 4 mars, à la suite des grandes orientations de principe du discours du Trône de la veille.

Le nouveau président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, a le mandat de réduire les dépenses. Il devra bien faire attention de ne pas créer de nouveaux chômeurs dans son exercice et, pour tout dire, les vraies coupes attendront le budget de 2011.

Les politiques financières dogmatiques mènent sinon au désastre total, du moins à des conséquences néfastes pour trop de personnes : la leçon du déficit zéro de Lucien Bouchard a porté. Une fois les orientations données, il ne faut pas s'accrocher dans des textes rigides mal accordés aux surprises du jour.

Le gouvernement demande de la patience aux citoyens. Les citoyens, en retour, exigent la même attitude de leur gouvernement, d'autant plus que le Canada se tire mieux d'affaires que les autres membres du G7. Quand on se compare, on se console.

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