Thérapie de groupe

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François Bourque
Le Soleil

(Québec) On avait compris que Clotaire Rapaille venait travailler à rajeunir notre image de «Vieille Capitale».

Un malentendu.

Ce dont il faut parler, c'est d'une thérapie de groupe.

Le psychanalyste s'en vient fouiller dans nos cerveaux, chercher nos émotions inconscientes, nous révéler à nous-mêmes, avec nos tabous, nos complexes, nos contradictions : comment pouvons-nous à la fois aimer l'hiver et tant le détester?

Les 350 participants aux séances du Dr Rapaille vont s'étendre sur un coussin et se laisser imprégner par une musique de relaxation, puis vont «remonter à leur enfance» à la recherche de leur «première empreinte» de Québec, qui une image, qui une odeur, qui un bruit.

La «première empreinte» du maire Labeaume fut, par exemple, l'odeur des frites d'Expo Québec, à l'époque où, enfant, il n'habitait pas Québec et y venait en visiteur.

Comment tirer de cette odeur de frites ou de la mousse rose poisseuse qui nous collait aux doigts, un slogan ou une image pour mieux vendre Québec?

Je n'en ai pas la moindre idée.

C'est là que réside le génie de Clotaire Rapaille. Où disons, pour l'instant, sa méthode. Pour le génie, on jugera plus tard. Aux résultats.

Je l'écoutais mercredi matin planifier son aventure dans nos trois cerveaux : le reptilien (instinct), le limbique (émotions) et le cortex (intelligence). J'imaginais une caricature d'André-Philippe Côté avec Québec allongée sur le sofa du Docteur Smog.

«Le [cerveau] reptilien, c'est le plus important, a expliqué M. Rapaille. C'est la survie, c'est la reproduction.» C'est la ville qui ne veut pas mourir.

«C'est toujours le reptilien qui gagne», prévient-il. D'où son choix tactique : «Je vais en permanence regarder tout ce qui se passe avec les lunettes de reptilien».

Je ne sais pas pour les lunettes de reptilien. Ce qui frappait mercredi, c'était plutôt ses verres fumés. Une opération à un oeil, a-t-on appris plus tard.

La dame qui m'a envoyé ce mot mercredi après-midi ne pouvait pas le savoir :

«Avec ses lunettes noires grandes comme des soucoupes, je me demande bien ce qu'il va voir que nous n'ayons pas déjà vu à l'oeil nu».

Ce n'était pas très gentil. Mais je suis certain que vous êtes nombreux à vous poser aussi la question : que va-t-il nous apprendre que nous ne sachions déjà? Et cela vaudra-t-il 300 000 $?

M. Rapaille avait prévu la question et a pris les devants, prédisant même vos réactions.

Vous allez dire : «Wow!» Puis : «Je le savais, je l'ai toujours su».

C'est probable. Clotaire Rapaille ne va pas réinventer Québec.

Il espère cependant y mettre de l'ordre. Il y a en ce moment «trop de directions» et «beaucoup de confusion», perçoit-il.

Lorsqu'il aura découvert la «priorité», il promet de trouver les mots qu'il faut pour Québec et ceux qu'on devrait éviter.

Au dernier conseil, le maire Labeaume avait annoncé un homme un peu «grandiloquent», ce que le Petit Robert décrit comme un «style affecté, qui abuse des grands mots et des effets faciles».

Je n'ai pas trouvé. Ce n'était pas le dandy léché et crâneur des photos promotionnelles.

Il a été flatteur pour Québec. Peut-être cela fait-il partie de la thérapie, mais il avait l'air sincère.

J'ai compris qu'on pouvait facilement tomber sous le charme. Sa démonstration sur la façon de vendre du fromage «vivant» aux Français et du fromage «mort» aux Américains était irrésistible. Il s'agissait de trouver les «codes».

Il a aussi raconté comment créer de l'émotion autour d'un papier de toilette qui, entre ses mains, devient la «première déclaration d'indépendance» de l'enfant devenu propre.

Je ne sais pas si on vend une ville comme on vend un fromage ou du papier cul.

Je pense cependant que la thérapie de groupe de M. Rapaille jettera un éclairage nouveau sur ce que nous avons appelé le «mystère Québec» et que lui appelle un code.

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