Avocats et témoins ont bien causé, nous étourdissant de chiffres et de subtilités sémantiques sur la convention collective, puis soumettant en tout respect Monsieur le président, leur réponse à la question du jour : Québec a-t-elle le droit de confier les ordures à des entreprises privées plutôt qu'à ses cols bleus?
La Ville soutient que oui, tout en se montrant consciente de l'inquiétude des employés : «Se faire déranger dans son confort, c'est toujours désagréable».
Le syndicat soutient que non et brandit un texte de convention collective avec «une ceinture et des bretelles».
Si la Ville obtient gain de cause, une quarantaine d'employés affectés à la collecte des ordures seront replacés dans d'autres services municipaux à partir du 1er avril. Par effet de «bumping», des employés auxiliaires perdront à terme des heures de travail.
L'arbitre Denis Provençal prévoit rendre sa décision d'ici la mi-mars.
C'est lui aussi qui doit décider sous peu si les policiers de Québec ont fait collusion pour donner moins de billets d'infraction lors de la dernière négociation. Ce fut un débat consciencieux entre gens civilisés et de bonne foi, disais-je. L'ennui, c'est que j'ai eu l'impression pendant toute la journée qu'on passait à côté de l'essentiel.
Non pas qu'il soit inutile de faire trancher par un tiers les litiges de conventions collectives.
Mais j'aurais aimé qu'on essaye aussi de répondre à la vraie question : par qui les citoyens de Québec seront-ils mieux servis à long terme? Par le privé ou par les employés de la Ville? De ça, on a très peu parlé. Le directeur général Alain Marcoux a rappelé que la Ville espérait économiser 1 million $ par an, sans en faire la démonstration ni parler des autres enjeux.
On n'est pas ici pour ça, a fait valoir l'avocat de la Ville.
L'avocat du syndicat était du même avis. L'arbitre aussi. Personne n'était là pour débattre des mérites ou des dangers du projet de privatisation.
Ce qui veut dire qu'on saura bientôt si la Ville a le droit de confier au privé le ramassage des ordures dans Limoilou, La Cité, Des Rivières et dans la Haute-Saint-Charles.
Mais qu'on ne saura toujours pas si c'est vraiment dans le meilleur intérêt des citoyens.
Vous avez entendu la pub à la radio. Le syndicat des cols bleus de Québec met en garde contre les dangers de confier tous les déchets au privé.
Il invoque le risque de collusion entre des entreprises pour faire grimper le prix des soumissions.
«J'espère juste que je n'aurai pas à mettre mes vidanges dans une enveloppe brune», lance aussi un citoyen à la fin de la publicité.
La pub ne dit pas que le syndicat cherche surtout à protéger les emplois de ses membres, mais comme cela va de soi, on ne va pas s'en formaliser.
Les questions que soulève le syndicat font réfléchir.
Il y a quelques jours encore, une entreprise a plaidé coupable à une accusation de collusion pour avoir fixé des prix lors d'un appel d'offres de la Ville de Québec pour la fourniture de feux de circulation.
Par le passé, Québec a souvent plaidé l'intérêt de partager le travail de déneigement entre le privé et les cols bleus, afin de mieux contrôler les prix. Le maire Labeaume l'a répété pas plus tard que l'an dernier.
«Pourquoi la même logique ne s'applique-t-elle pas pour les ordures?» demande le syndicat. En effet. Il est possible que le marché des ordures soit différent de celui du déneigement et que les risques de collusion y soient moindres. Mais qui peut le garantir? La Ville envisage-t-elle d'autres privatisations?
Il y a eu suffisamment de signaux d'alarme au Québec au cours de la dernière année pour inciter à la prudence et pour mener un vrai débat public. Si ce n'est pas devant un arbitre de grief, il faudrait trouver d'autres tribunes.













