Les nuances et mises en garde venaient ensuite. Elles restent pertinentes.
Sainte-Foy n'est toujours pas ce qu'on imagine d'un centre-ville, intense et plein d'énergie avec des trottoirs grouillants, des façades commerciales, des parcs et des squares avec des bancs.
On reste loin du compte, mais les signaux se multiplient, et la densification s'accélère.
Les nouvelles tours de bureaux de Delta et de Cominar, coin Laurier-de l'Église, provoquent une réaction en chaîne.
Après le boulevard Laurier, voici que les promoteurs et courtiers se bousculent aux portes de la route de l'Église. Depuis quelques mois, trois nouveaux projets en hauteur sur moins d'un kilomètre, et ce n'est que le début.
Une première tour de huit étages (56 logements) sera achevée à l'été, coin Quatre-Bourgeois-de l'Église; une seconde, de 10 étages (108 logements), vient d'être mise en chantier, face à l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy; une troisième, de 10 étages et d'environ 100 condos, s'annonce sur un terrain occupé par des commerces qui seront démolis, face à l'église Saint-Denis.
Des projets d'immeubles en hauteur sont aussi en gestation à l'emplacement de Dial Textile et du complexe l'Ozone (possibilité de 17 étages), sur le boulevard Laurier. Sans parler de la seconde tour de Cominar (13 ou 17 étages) et des autres terrains vacants ou pouvant être reconstruits (ex. : le Canadian Tire).
«La machine du développement pousse très fort; le timing est là; tout s'enchaîne, et un projet pousse l'autre», constate un propriétaire de commerce.
Rien de nouveau, direz-vous. Depuis le premier centre commercial au début des années 60, le secteur a été sous la pression constante des promoteurs immobiliers.
Ce qui est nouveau, c'est que pour la première fois, ceux-ci s'intéressent au résidentiel de forte densité.
Peut-être parce que les tours Delta et Cominar ont saturé (pour un temps) le marché des locaux pour bureaux. Mais surtout, parce que les promoteurs pensent pouvoir convaincre des employés de ces immeubles de venir habiter près de leur travail et
de marcher.
Leurs autres arguments de vente : la proximité des centres commerciaux et du CHUL; le meilleur service d'autobus à Québec avec les parcours 800, 801 et Express; la nouvelle bibliothèque; le marché public l'été; le terminus d'autobus interurbain; la proximité des ponts, etc.
Les arguments sont d'ailleurs si nombreux qu'on s'étonne que les promoteurs n'y aient pas pensé avant.
L'accélération du développement dans l'axe Laurier-de l'Église soulève de l'inquiétude. Surtout que la Ville de Québec n'a toujours pas de plan d'ensemble ni de vision claire de ce qu'elle veut faire.
Quelle personnalité? Quel look? Quelle signature architecturale pour ce qui est non seulement le «nouveau» centre-ville, mais la principale porte d'entrée de Québec?
Sans compter que la Ville autorise les projets à la pièce sans savoir quel sera l'effet global sur la circulation et la vie du quartier Saint-Denis.
On se contente de minimiser les dégâts au cas par cas, en orientant par exemple les entrées et les sorties des nouveaux immeubles vers les rues résidentielles derrière. Ça promet.
Dans un secteur déjà englué dans l'entonnoir qui mène aux ponts, il est évident que «la situation va se corser», convient le responsable des transports à la Ville.
Il sera impossible de s'en tirer sans un système de transport en commun plus performant et de plus forte capacité en voies réservées : tramway, busway, train léger, ça reste à voir.
L'administration Labeaume dit vouloir éviter la surchauffe du centre-ville de Sainte-Foy et espère intéresser les promoteurs à d'autres quartiers comme D'Estimauville, Saint-Roch ou Lebourgneuf.
C'est dans cet esprit qu'elle a limité le projet Cominar à 17 étages (le promoteur en voulait 27). Dans cet esprit qu'elle limite désormais le nombre de cases de stationnement pour les nouveaux projets commerciaux et qu'elle appliquera bientôt cette limite aux projets résidentiels.
La Ville s'est cependant compliquée la tâche l'année dernière en modifiant le zonage sur la route de l'Église.
Elle y a permis des étages supplémentaires pour favoriser des «projets plus structurants», explique Marie-France Loiseau, directrice de la gestion du territoire de l'arrondissement.
Des projets qui n'étaient pas rentables le sont ainsi devenus, ce qui ajoute à l'intérêt des promoteurs et à la pression sur
le quartier.
Il ne faut pourtant pas voir la densification de Sainte-Foy seulement comme une mauvaise nouvelle.
Il y avait (et il y a encore) dans ce centre-ville un énorme gaspillage de prime space : terrains vacants, stationnements de surface, immeubles dérisoires, etc.
Mieux utiliser les terrains accessibles est un principe élémentaire de développement durable. Raison de plus dans un centre-ville.
L'autre bonne nouvelle est la venue de plusieurs projets résidentiels dans un secteur où le déséquilibre en faveur du commerce et du bureau devenait intenable.
Les nouveaux résidants iront peut-être travailler et faire leurs courses à pied à toute heure du jour et du soir, créant une animation propre à un centre-ville.
Des tours de bureaux supplémentaires auraient l'effet contraire, ne faisant qu'ajouter à la circulation de transit qu'elles génèrent.
Intéressant de noter la diversité de ces premiers projets résidentiels : une coopérative, un immeuble locatif et un autre pour des condos. La mixité des fonctions et des personnes est une autre des caractéristiques d'un centre-ville.
Le comité sur la mobilité durable créé par la Ville, doit livrer son plan de match au début de l'été. Ça commence à presser.
On devrait y retrouver les orientations d'aménagement et de transport qui font actuellement défaut au centre-ville de Sainte-Foy. Si ce n'est pas le cas, la Ville est «dans le trouble». Et vous aussi.
Le reste est une question de goût
Les nouveaux immeubles en hauteur de la route de l'Église ne nous jettent pas à terre par l'audace de leur architecture.
Des formes assez conventionnelles ou déjà vues. Ce qui ne veut pas dire que c'est laid ou raté.
Au contraire.
Sauf que si Québec veut se démarquer par son architecture moderne et flyée, il en faudra
davantage.
Le reste est question de goûts.
? J'aime bien le Delta III, coin Laurier-de l'Église. Ses terrasses l'été, sa légèreté, sa transparence, l'arrimage réussi avec les deux tours voisines.
? J'aime beaucoup moins le Complexe Jules-Dallaire en face, que je trouve lourd, massif et un peu prétentieux. Cela dit, je n'ai pas de problème avec la hauteur. L'oeuvre est encore inachevée, mais je doute que la suite me fera changer d'idée. J'aime cependant les lumières colorées projetées sur les façades depuis la toiture.
? Peu de réactions devant la maquette du 2828, coin Quatre-Bourgeois. On saura mieux à quoi s'en tenir bientôt, car le projet est presque achevé.
? Le projet de Logisco cherche à répondre à l'édifice Andrée-P.-Boucher en face par ses couleurs et certaines de ses lignes. On salue l'intention. Le projet a aussi le mérite de masquer en partie la tour de béton du Canada à côté.
? Il n'y a pas encore d'image pour le projet de condos en biais avec l'église. Attendons.










