Vous voulez éprouver le frisson révolutionnaire? Évitez les assemblées syndicales et les groupuscules gauchistes. Ces gens-là ne rêvent plus au grand soir. Si vous voulez entendre parler de révolution, allez plutôt faire le tour des chambres de commerce et des associations patronales.
Vous direz qu'il faut beaucoup d'imagination pour confondre ces auditoires avec des sans-culottes marchant sur la Bastille. Mais rendu ici, vous allez promettre de cesser de m'interrompre, sinon nous n'en finirons jamais.
Je peux continuer? Alors voilà. Pas plus tard que lundi, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a fait honneur à la grande tradition québécoise du révolutionnaire en pantoufles. Évoquant la hausse prochaine de nombreux tarifs gouvernementaux, il a déclaré que cela faisait partie d'une «révolution culturelle». Rien de moins.
Et pour être sûr que son message enrobé de sauce révolutionnaire soit bien reçu, M. le ministre s'est exprimé à la tribune du Conseil du patronat.
On a les rebelles que l'on peut, diront les cyniques. Mais pour éviter de vous faire du mauvais sang, je conseille vivement la méthode de la «paranoïa inversée», inventée par l'écrivain J.D. Salinger. Cette dernière consiste «à soupçonner tous les gens de conspirer pour vous rendre heureux»
Blague à part, la révolution de M. Bachand n'a rien à voir avec la «révolution culturelle» chinoise, qui fit des millions de morts en Chine, de 1966 à 1976.
C'est seulement qu'à Québec, on trouve qu'une réforme ou une hausse des tarifs, ça sonne un peu chiche. Alors qu'une «révolution culturelle», ça donne un semblant d'envergure. Tant pis si nos pseudo-révolutions ressemblent souvent à cette note de garagiste : «Je n'ai pu réparer les freins, alors j'ai ajusté le klaxon plus fort».
Au fil des ans, on a promis des «révolutions culturelles» dans l'industrie porcine, dans la formation continue, dans le monde des affaires et dans les services à la clientèle de plusieurs services du gouvernement.
Du temps où il était ministre des Finances, un certain Paul Martin avait aussi annoncé une révolution culturelle dans la fonction publique fédérale. Toute ressemblance avec Mao ou Castro ne serait le fruit que de votre imagination débordante et peut-être de la fumée dégagée par cette drôle de cigarette que vous ne cessez d'inhaler.
En 1990, Hydro-Québec lançait pour sa part une «révolution culturelle» en matière d'économie d'énergie. Il était question d'une hausse des tarifs, que le consommateur pouvait adoucir en se procurant une pomme de douche révolutionnaire et généreusement subventionnée.
Comme si on fournissait à la fois un marteau pour vous taper sur le crâne et un cachet d'aspirine pour calmer le mal de tête qui s'ensuit.
Le fantasme révolutionnaire par excellence, au Québec, cela reste pourtant la deuxième révolution tranquille.
Depuis 40 ans, tous nos politiciens l'annoncent. On dirait un rite de passage. Ou un mirage.
Jacques Parizeau l'avait promise. Lucien Bouchard aussi. «On veut surtout une deuxième révolution tranquille», affirmait pour sa part Mario Dumont, en mars 1995.
Mais à ce chapitre, il faut admettre que Jean Charest s'impose comme un champion. Une sorte de Wayne Gretzky de la vision révolutionnaire.
Dès 1998, M. Charest avait annoncé une deuxième révolution tranquille. Ce qui ne l'a pas empêché de refaire le coup en 2002. À la même époque, il parlait aussi de «réinventer» le Québec «par le centre». Une formule que les mauvais plaisantins comparaient à l'art subtil de déguster un jus d'orange avec des baguettes.
J'allais terminer en rappelant la conclusion «révolutionnaire» d'un livre de la fin des années 80. Mais comme l'ouvrage suggère l'existence de deux révolutions tranquilles, au lieu d'une, je ne suis plus sûr qu'il s'agisse d'une bonne idée.
J'ai oublié le nom de celui qui a dit que «pour chaque problème compliqué, il existe une réponse, claire, simple et fausse». Mais je parie qu'il avait renoncé à dénombrer nos révolutions tranquilles ou culturelles...










