Tout le monde a droit à ses opinions, paraît-il. Un de ses collègues, et ami joggeur au demeurant, Stockwell Day, croit à la thèse créationniste, tout comme le ministre responsable de la Science, Gary Goodyear.
J'arrête là, de crainte de tomber dans le potinage dinosaurien. M. Bernier, dans une lettre ouverte à La Presse, se réclame du droit au scepticisme contre ce qu'il appelle «la thèse réchauffiste».
Il se plaint d'ailleurs sur son site Internet d'avoir été coupé par le journal, mais les extraits manquants n'ajoutent rien à sa crédibilité, à mon avis.
Gilles Duceppe l'accuse de dire tout haut ce que le ministre Jim Prentice pense tout bas, ou encore de se coller au Stephen Harper d'antan, lui qui voyait dans le Protocole de Kyoto un sinistre complot socialiste.
Complot pour complot, je crois que M. Bernier est parfaitement capable de décider de lui-même de diffuser son opinion sans attendre la permission de son chef.
Mais cela dit, on ne prête qu'aux riches, et les conservateurs ont l'habitude d'utiliser des députés d'arrière-ban pour convoyer des messages controversés tout en s'en lavant officiellement les mains.
Ils l'ont fait dans leur rage d'abolir le Registre des armes à feu.
J'ose espérer que la diatribe de l'Albertain Peter Goldring contre la réhabilitation totale de Louis Riel ne relève pas du même mauvais esprit.
«On peut garder l'esprit ouvert», écrit donc l'ancien ministre, hier. On peut aussi demeurer sérieux et ne pas rejeter un corpus scientifique reconnu sous le prétexte d'une bêtise de rédacteur sur la fonte des glaces dans l'Himalaya.
Des pages d'études serrées
Pour quelques paragraphes gaffeurs, il existe des pages et des pages d'études serrées confirmant le phénomène, et ce n'est pas l'intervention du frère André devenu saint qui arrêtera la dégradation de notre environnement.
M. Bernier, comme son gouvernement, propose une politique attentiste. Autrement dit, laissons venir les choses, et tout ira très bien, Madame la Marquise.
Une phrase résume au fond les motifs de cette intervention intempestive : «Il serait irresponsable de dépenser des milliards de dollars et d'imposer une réglementation exagérément sévère», à son avis.
Ne pas dépenser l'argent des contribuables, ne pas imposer de règlements : M. Bernier ne m'en voudra pas d'y voir là les deux mamelles de sa pensée politique, un discours qui le rend fort populaire dans le pays réformiste de Calgary qui commence à douter des convictions idéologiques de M. Harper.
Vous me direz : qui veut que le gouvernement flambe son argent, qui souhaite que des ministres imposent des règlements? Personne, a priori.
Mais la vie en société a ses exigences. Haïti n'avait pas de gouvernement fonctionnel, encore moins de réglementation efficace. On voit le résultat en temps de crise et de catastrophe.
J'ai une proposition pour M. Bernier : adhérez au Wildrose Alliance Party de l'Alberta, cette nouvelle formation de droite mécontente de son gouvernement conservateur, et qui se présente comme le «seul parti» qui remette en question le concept des changements climatiques.
Ce n'est pas tout. En lisant l'ébauche actuelle du programme de ce parti (www.wildrosealliance.ca/home/our-vision-for-alberta), M. Bernier verra qu'il s'y sentira fort à l'aise. Un billet aller simple Montréal-Calgary coûte 429 $, ce midi. Bon voyage.










