Comment sortir du trafic

François Bourque
Le Soleil

(Québec) La circulation s'alourdit, les heures de pointe s'allongent, et le nombre de voitures sur les routes ne cesse d'augmenter.

Si Québec laisse aller les choses, elle va perdre un de ses avantages concurrentiels pour se développer et attirer de jeunes familles, prévient le maire Labeaume.

Comment réduire les engorgements dans une agglomération aussi farouchement vendue à l'auto?

Il y a en théorie deux façons de voir les choses :

 

1 Si les routes ne suffisent plus, il faut les élargir, en construire de nouvelles, de nouvelles autoroutes, des ponts, des tunnels, des viaducs.

Ce fut longtemps le modèle de l'Amérique du Nord et ce l'est encore à bien des égards. Ce modèle repose sur le sentiment que l'auto, c'est la liberté qui permet d'aller où on veut, quand on veut.

2 Si les routes ne suffisent plus, c'est qu'il y a trop de voitures et qu'il faut en réduire le nombre. Les moyens sont connus pour avoir été éprouvés ailleurs, en Europe mais aussi en Amérique :

- faciliter l'habitation à proximité des lieux de travail et d'études; densifier les quartiers construits pour freiner l'étalement urbain;

- offrir un transport en commun plus performant et faciliter le transport actif (vélo, marche);

- compliquer la vie à l'automobile par des restrictions, des interdictions ou des tarifications (stationnement, péages, etc.).

Le maire Labeaume a déjà écarté ce dernier scénario.

«Je ne suis pas du genre à dire qu'il faut restreindre l'utilisation de l'automobile», a-t-il répété cette semaine encore, en entrevue avec Sylvain Bouchard au FM93.

Puis d'ajouter : «Moi, si j'avais pas de chauffeur, je prendrais ma voiture et il n'y a personne qui va me faire changer d'idée.»

Cela a le mérite d'être clair.

Mais cela montre aussi les contradictions et déchirements d'un maire qui affirme sur d'autres tribunes qu'il n'est pas question d'ajouter des voies de circulation et que l'avenir passe par un meilleur transport en commun.

Quel type de transport en commun? Le maire dit ne pas le savoir encore. Il attend les recommandations du comité sur la mobilité durable, dont le rapport sera livré au début de l'été.

Ce comité sur la mobilité durable cherche des réponses à trois grandes questions :

1 Quels quartiers ou secteurs veut-on développer en priorité et quelles devraient être les limites de l'urbanisation?

2 Comment les citoyens vont-ils se déplacer? Selon les secteurs, quelle proportion viser pour les déplacements en auto, en transport en commun, à pied ou à vélo?

Selon la dernière Enquête origine-destination régionale, c'est actuellement 75 % auto, 12 % transport en commun, 12 % marche et moins de 1 % vélo.

Cette proportion varie selon les quartiers.

Par exemple, un déplacement sur trois se fait à pied dans Montcalm; seulement un sur huit dans Lebourgneuf; les citoyens du centre-ville prennent davantage l'autobus qu'en banlieue; ceux de la Rive-Nord, davantage que ceux de la Rive-Sud, etc.

3 Quel moyen de transport choisir pour atteindre l'objectif dans chaque secteur?

Plus de routes? Un tunnel sous le fleuve? Plus de traversiers? Plus de Métrobus ou d'autobus d'articulés de forte capacité? Plus de voies réservées? Un tramway, des trains de banlieue, un système léger sur rail, un SkyTrain? Ici, «sky is the limit».

Et puis tellement d'autres questions encore, auxquelles le comité ne pourra pas répondre : quels tracés, quelles technologies, quelles fréquences? Quel moyen serait le plus écologique? Lequel, surtout, pourra-t-on se payer?

Le débat sur les modes de transport à Québec ne fait encore que commencer.

Ce qui n'a pas empêché le maire Labeaume d'y contribuer généreusement au cours des dernières années en partageant à mesure ses découvertes et états d'âme.

Relisez ses commentaires «évolutifs» sur le tramway. Une véritable pièce d'anthologie.

«On parle de tramway, mais je préfère les autobus hybrides. Ça va coûter moins cher qu'un tramway et ça va être performant.» Le Soleil, 25 novembre 2007

Le maire Régis Labeaume ne veut rien savoir d'un tramway à Québec.

«Que le RTC [Réseau de transport de la Capitale] ne perde pas son temps, c'est impossible de me convaincre.» Le Soleil, 17 janvier 2008 

«Oui, j'aimerais un tramway, mais ma priorité, c'est un train rapide.» Le Soleil, 22 janvier 2008

«Je ne m'avancerais pas dans un projet qui est hasardeux au moment où je vous parle... J'ai pas le goût qu'on devienne un laboratoire ici.» Le Soleil, 15 février 2008

«J'aimerais avoir un tramway à Québec. J'en ai pris plein dans la dernière année. Je trouve ça beau. Je ne veux pas tuer le projet.» Le Soleil, 21 février 2008

«Une étude sur le tramway... Comme ce n'est pas une priorité, on n'embarquera pas là-dedans.» Le Soleil, 3 mars 2008

M. Labeaume dit toutefois qu'il n'est pas question d'inclure dans ce comité (mobilité durable) des défenseurs du tramway.

SRC, 17 juin 2008

«Le tramway, c'est une grosse folie. Et il n'y a qu'une seule façon de régler ça, c'est avec les élections.» Le Soleil, 19 août 2008

Régis Labeaume a reconnu être grandement intéressé par l'étude sur le trolleybus.

«Un trolleybus et un tramway, c'est très différent. Un trolleybus, c'est mobile. Un tramway, une fois que c'est sur les rails, tu ne le bouges pas de là.» Le Soleil, 24 mars 2009  

«Le tramway pour la haute ville [seulement], c'est non. Mais si c'est pour transporter les gens de Québec à Lévis, ben là...»

Journal de Québec, 3 octobre 2009

Le maire de Québec est séduit par l'autobus biarticulé hybride. «Ça commence à évoluer. Ça commence à faire mon affaire.»

Le Soleil, 7 octobre 2009

«C'est certain qu'on n'ajoutera pas de nouvelles voies de circulation... Il faut avoir des voies réservées... Tramway, train léger sur rail, triple-articulé... Honnêtement, on s'en fout.» Le Soleil, 16 octobre 2009

«Labeaume initially opposed the idea of a tramway in the city, but now supports it, and he says he is open to new bicycle paths, like those in Montreal.» The Gazette, 2 novembre 2009

«Faire des mauvais choix, c'est facile. Si vous décidez de construire un train léger sur rail et que vous vous apercevez au bout de trois ans qu'il est à la mauvaise place, au prix que ça coûte, c'est pas drôle.» Le Soleil, 9 décembre 2009

Est-ce que cela veut dire que Québec aura son tramway avant Montréal? «Certainement!» La Presse, 19 janvier 2010

«Un SkyTrain, c'est beaucoup trop cher...  Un tramway... est plus raisonnable. Je suis contre un tramway en haute ville, mais je n'ai rien contre envisager ce scénario ailleurs.» Le Soleil, 20 février 2010

«L'affaire du tunnel [Québec-Lévis], s'il y en a un, tant mieux... Vous avez pas plus heureux que le maire de Québec, mais j'essaye d'être réaliste.» Tunnel ou tramway? «Je ne fais pas de préférence entre les deux.» CJMF, 25 février 2010

«Il n'y aura pas de tramway en haute ville, ça, c'est certain.» Pour le reste? «C'est-tu un tramway, un train léger, un Busway, on ne le sait pas encore.» Le Soleil, 26 février 2010

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