Que faisiez-vous donc en Israël?

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Je veux bien que l'on dénonce le PQ ou le PLQ, dans le camp de l'ADQ. Malgré la connotation péjorative qui lui est rattachée, la politique partisane a sa place dans notre système parlementaire. Mais attention aux contradictions! Ça mine la crédibilité.

Hier, le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, accompagné de son critique financier, François Bonnardel, a donné une conférence de presse pour demander au gouvernement Charest de s'attaquer aux dépenses inutiles, de rembourser la dette et d'alléger le fardeau fiscal de la classe moyenne. Il n'y avait rien de bien nouveau dans le discours, mais c'est le genre d'exercices auxquels sont tenus les partis à l'approche du dévoilement d'un budget.

C'est lorsqu'un journaliste leur a demandé si les députés voyageaient trop que le point de presse a dérapé. Il est gênant de dénoncer des situations auxquelles on a participé. Hier, M. Deltell a bien essayé, faisant valoir que si le premier ministre voyage trop, il lui est impossible de bien remplir sa tâche au Québec surtout lorsqu'il y a des urgences. Ce qu'il n'a pas rappelé, toutefois, c'est que la moitié du caucus de l'ADQ dont Bonnardel et lui-même, ainsi que la chef intérimaire, Sylvie Roy, était en délégation au Moyen-Orient en septembre dernier, pendant que la maison adéquiste brûlait et que les candidats à la direction du parti s'échangeaient des insultes.

Si cette situation n'était pas une urgence pour le parti, il faudra redéfinir la signification de ce mot dans le dictionnaire.

Le chef de l'ADQ a cherché à faire une distinction entre les voyages gratuits et ceux qui sont payés par les contribuables. «Est-ce qu'un voyage à l'étranger rapporte aux contribuables lorsque ce sont les contribuables qui paient? C'est toujours ça qu'il faut se dire», a-t-il statué.

Le raisonnement est un peu court : les députés sont des salariés de l'État, au même titre que le premier ministre et ses ministres. La question ne se limite pas à savoir qui paie leur voyage; il leur appartient de démontrer que leurs déplacements à l'étranger sont suffisamment importants pour justifier leur absence du bureau au Québec.

Dans le cas du Moyen-Orient, la chef péquiste Pauline Marois avait limité à deux la représentation de son caucus sur cette délégation. Toutes proportions gardées, l'ADQ était grandement surreprésentée avec ses trois députés. Voilà le genre de situation qui commence à ressembler à des vacances sur le bras...

Et voilà le genre de situation que les partis doivent éviter parce qu'il a été démontré à plusieurs reprises, à Québec et à Ottawa, que les voyages des parlementaires sont souvent des récompenses, et qu'ils prennent parfois la direction du sud pendant l'hiver...

 

Donc, mauvaise journée hier pour l'ADQ et, notamment, pour François Bonnardel qui a eu de la difficulté à expliquer comment et, surtout, de combien le gouvernement devrait alléger le fardeau fiscal de la classe moyenne et des familles.

Les journalistes ont dû s'y prendre à quatre ou cinq reprises avant d'avoir un semblant de réponse. Que faut-il en retenir? L'ADQ accompagnera le gouvernement dans la hausse des tarifs lorsque ce dernier aura démontré qu'il est sérieux dans la révision de ses dépenses. Mais comment, et surtout, de combien pourra-t-on réduire le fardeau fiscal des contribuables dans le contexte budgétaire actuel? Ça reste plutôt ténébreux. «On peut parler de 500 millions $, on peut parler d'un

milliard de dollars, on n'a pas chiffré exactement. Ce qu'on dit, c'est qu'il faut améliorer ça», a finalement répondu M. Bonnardel.

De bien bonnes intentions, en effet, mais on est loin de la coupe aux lèvres.

 

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