Il n'aime pas le discours du Trône, il n'aime pas le discours du budget, il croit que le Canada ne mérite pas la mauvaise gestion des conservateurs qui accumule les déficits.
Alors, vous croiriez que les libéraux vont tout faire pour renverser le gouvernement pour le remplacer par une «alternative» responsable, c'est-à-dire eux-mêmes?
Détrompez-vous. Comme dans le bon vieux temps de Stéphane Dion, les libéraux ne renverseront pas l'administration Harper. M. Ignatieff n'en finit plus de répéter qu'il a compris le message de la population, qui ne veut absolument pas d'une campagne électorale - et encore moins d'un gouvernement de coalition.
Les députés libéraux voteront donc contre le budget, mais pas complètement contre. Le parti cachera derrière les rideaux assez d'élus pour assurer la survie des conservateurs.
Rien de très brave dans ce choix dénué de tout principe. Seulement, nous ne parlons pas de principes, mais de politique réelle, concrète. Et dans ce monde, seul le pouvoir importe.
Or, en ce surlendemain d'un budget qui repose sur des hypothèses fort optimistes, une seule stratégie s'impose aux libéraux : attendre. Jim Flaherty a droit à sa chance, sans doute, et il en aura fort besoin pour négocier d'autres «pentes abruptes et sentiers rocailleux», comme il le disait jeudi.
Son fragile échafaudage budgétaire peut d'abord s'écrouler à tout moment et le forcer à intervenir par l'entremise d'un budget supplémentaire indigeste.
Et si ses projections tiennent la route et qu'il survit jusqu'au printemps prochain, le ministre des Finances devra alors présenter un budget vraiment dur, celui-là.
Aucun paramètre
Car nous ne savons rien encore des effets du gel des dépenses de fonctionnement des ministères. Comme les employés de l'État recevront l'augmentation de salaire de 1,5 % prévue pour l'année en cours, des services et des programmes disparaîtront.
Le budget n'offre aucun paramètre pour mesurer la suite des événements. Laissée à elle-même, la machine administrative n'atteint jamais les objectifs de récupération financière fixés par le gouvernement.
M. Flaherty devra alors intervenir directement dans les décisions plutôt que nous laisser dans un flou artistique comme il l'a fait cette semaine. Ces coupes ciblées vont créer du mécontentement, à coup sûr, en désignant des victimes concrètes, tout cela à la grande joie des partis d'opposition.
Illustration de son génie inventif, M. Flaherty a aussi décidé de mettre sur pied une «Commission pour la réduction des tracasseries administratives», comme si la solution à ce problème passait par la création d'une autre entité - et ses propres tracasseries administratives.
Au-delà de ces facéties, le ministre des Finances a le terrain libre, car les libéraux ne disposent d'aucun plan de rechange. «Nous avons une idée générale», a lancé hier son vis-à-vis John McCallum avant d'en lancer deux : ne pas hausser les impôts, ne pas réduire les transferts aux provinces.
Seulement, le budget conservateur prévoit exactement cela, ce qui n'empêche pas le député libéral de soutenir que «nous aurons un plan dans l'avenir» qui sera différent de celui des conservateurs.
M. Ignatieff veut bien sortir son rival du 24 Sussex, mais plus tard. Cette décision a le grand avantage de lui éviter le fardeau de présenter un budget dévastateur pour plutôt, dans 12 mois, rouler plein gaz contre des coupes profondes, ou encore des hausses d'impôt jugées inévitables par plusieurs.











