«Le gouvernement fédéral devrait regarder du côté du Québec, la province la plus endettée du pays, et tirer une leçon sur la manière de mener un débat sur les choix fiscaux difficiles», a écrit l'éditorialiste du quotidien. Le journal faisait référence aux trois rapports du comité d'économistes créé par le ministre Raymond Bachand pour le conseiller sur la façon de revenir à l'équilibre budgétaire. Le ministre a dû s'étouffer de surprise en buvant son café mercredi matin, tellement l'éloge était flatteur. Lucien Bouchard a probablement eu la même réaction : autrefois démonisé dans la presse anglophone, l'ancien premier ministre est louangé pour son intervention en faveur d'une hausse des droits de scolarité. «M. Bouchard et le comité d'experts du Québec ont déterminé les choix fiscaux et inscrit un sentiment d'urgence dans le discours public», écrit encore l'éditorialiste.
James Flaherty n'a pas suivi les conseils du Globe dans son budget. Il coupe dans les dépenses, mais ne cotise pas auprès des contribuables. De toute manière, les compliments étaient quelque peu... prématurés. Québec ne sera un exemple que si le gouvernement va de l'avant avec les recommandations de ses experts. Sinon, il ne s'agira que d'un rapport tabletté.
Pourquoi douter des intentions gouvernementales? Parce qu'on est bien loin de faire consensus au Québec sur les mesures fiscales à prendre pour revenir au déficit zéro. En fait, c'est une véritable querelle entre économistes que les interventions de Lucien Bouchard et des experts de Raymond Bachand ont provoquée.
La semaine dernière, 50 économistes réunis sous l'appellation de Économieautrement.org ont publié un texte plaidant pour «une autre lecture des finances publiques» et qualifiant d'«alarmiste et irrecevable» le constat du comité d'experts.
Mardi, l'un de ces économistes, Robert Laplante, directeur de l'Institut de recherche en économie contemporaine, a publié un volumineux document de 70 pages dénonçant des «écarts colossaux» entre les propositions des experts et la science économique. Le débat tourne principalement autour de la dette et du déséquilibre budgétaire dénoncé par les experts du gouvernement. L'un des auteurs, Pierre Gouin, voit des contradictions dans le discours officiel qui a soutenu jusqu'à l'an dernier que le Québec ne faisait pas de déficit, et qui tente maintenant de nous convaincre, par son comité d'experts, que nous vivons au-dessus de nos moyens. M. Gouin n'est pas tendre envers le PQ, qu'il accuse d'avoir «remis ses lunettes roses pour lancer un programme de garderies à cinq dollars» après avoir ramené le déficit à zéro. Mais il est plus dur encore à l'endroit du gouvernement à qui il reproche d'avoir «camouflé la réalité» pour se faire réélire. «Avant de conclure que les finances souffrent d'un déficit structurel, il faudra réévaluer la part du problème qui doit être attribuée à la gestion irresponsable du gouvernement de Jean Charest.»
Dans l'attente d'un portrait plus objectif sur la situation, M. Gouin demande l'annulation des baisses d'impôt consenties sous les libéraux ou une hausse de la taxe de vente de 2 %. Mais il réclame un portrait plus objectif des finances publiques avant de couper dans les services.
Ce débat n'épargne pas le PQ, qui se réunit la semaine prochaine pour parler de création de richesse. L'aile radicale du parti, réunie sous le SPQ libre, ne digère pas que le document de travail remis aux militants leur demande de choisir entre les taxes à la consommation ou l'impôt sur le revenu pour redresser les finances de l'État. Derrière cette question, c'est le vieux débat entre l'impôt progressif et les prélèvements régressifs comme les taxes et les tarifs qui s'annonce. Mais c'est aussi un débat sur l'état réel des finances publiques et les choix de société. Aucun politicien n'échappera à ce questionnement, peu importe sa couleur politique.










