La semaine prochaine, le proprio d'un restaurant chic de Québec tiendra un dîner gastronomique à 200 $ par personne pour venir en aide à un orphelinat d'Haïti. Les billets se sont envolés rapidement.
Depuis le 12 janvier, la charité et la solidarité sont au rendez-vous pour le peuple haïtien. Nos militaires sont rentrés après avoir donné les premiers soins à un peuple sinistré. L'aide humanitaire est sur le terrain. N'est-ce pas suffisant?
Vendredi, le premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, est venu à Montréal pour répondre à cette question. Il a fait une mise en garde contre l'effet pernicieux de l'aide humanitaire. «Je suis extrêmement préoccupé de voir que dans un pays qui était constitué jusqu'à date de 70 % de chômeurs, je me retrouve avec une population qui est à 90 % en chômage, et qui risque de s'habituer à ne pas travailler. Aujourd'hui, des enfants, des adultes, des adolescents attendent le camion qui va passer avec l'eau, la nourriture. Il faut aider les gens, mais il ne faut pas tuer la philosophie de l'idée du travail. Je suis extrêmement préoccupé quand je vois que peu à peu nous risquons de nous installer dans un humanitaire qui tue toute volonté de travail.»
Jeudi et vendredi, quelque 500 membres de la diaspora haïtienne du Québec ont participé au colloque qui a accueilli Jean-Max Bellerive à Polytechnique de Montréal. Dans un discours sans notes, sur le ton de la confidence, le premier ministre y a raconté les difficultés de son gouvernement.
Le premier défi est de refaire l'unité au sein d'un peuple qui doit aller bientôt en élections et qui a son lot de divisions partisanes.
L'autre défi porte vers le monde extérieur qui a fait d'Haïti un véritable laboratoire d'aide humanitaire où chacun a son projet sans trop se soucier de ce que font les autres. Il y a, a-t-il dit, entre 10 000 et 15 000 organismes non gouvernementaux en Haïti, tous mieux intentionnés les uns que les autres, mais qui très souvent ne se parlent pas.
Or, admet Bellerive, le gouvernement est incapable d'assurer une meilleure cohésion dans tous ces efforts. «Il ne s'agit pas pour le gouvernement de recevoir directement de l'aide. Ce qui est important, c'est que je sache quelle aide arrive, où est-ce qu'elle arrive, que fait cette aide, quels sont les gens qui l'ont, et qu'on ait le pouvoir à partir de cette information, de coordonner l'aide sur le terrain.»
La communauté internationale a promis 14 milliards $ pour la reconstruction d'Haïti, mais le premier ministre n'est pas impressionné. Ce qu'il veut, ce sont des engagements concrets. «Quatorze milliards de dollars sur deux ans, c'est énorme, mais sur 20 ans, ce n'est rien.»
Bellerive sait bien que la corruption ou l'incompétence sont des obstacles. Il demande des «procédures transparentes et crédibles pour gérer ces milliards». Il estime que «la communauté internationale se sentira plus en confiance s'il y a une présence de la diaspora».
Le gouvernement haïtien a fait l'objet de plusieurs critiques depuis le 12 janvier. «Soyez tolérants», a demandé Bellerive. Il a fait valoir que le gouvernement du Québec serait également pris de court si une catastrophe équivalente touchait Montréal.
Sa crainte, c'est que les efforts humanitaires déployés en Haïti ne contribuent pas au développement économique du pays. «Les circuits humanitaires et de développement se croisent rarement, a-t-il expliqué. Or il faut organiser la solidarité autour du développement d'Haïti.»
«Haïti, une pensée, c'est pas assez», disait la note sur le comptoir du resto, à Trois-Rivières.
Les dollars de l'aide humanitaire non plus...










