Stockwell Day coupe dans le mou

Raymond Giroux
Le Soleil

(Ottawa) Premier lundi matin après le budget, première annonce concrète de coupes dans les dépenses fédérales. Le docteur Guillotin de ce gouvernement, Stockwell Day, a posé un geste en apparence uniquement symbolique en abolissant 245 postes dont 200 sont déjà libres de tout titulaire.

Le ministre a révisé le bien-fondé de quelque 2700 postes dans plus de 200 organismes fédéraux - dont plusieurs oeuvrent dans l'obscurité la plus profonde. Connaissiez-vous la Commission de délimitation de la frontière entre le Manitoba et la Saskatchewan? Moi non plus, et je ne pourrai pas vous expliquer son rôle précis puisque cette frontière est une belle ligne droite longue de plusieurs centaines de kilomètres.

Pourquoi? Parce qu'une recherche de ce nom sur le site Web du gouvernement du Canada ne donne aucun résultat. Le ministre Christian Paradis sera surpris d'apprendre qu'il chapeaute, aux Richesses naturelles, cet organisme fantôme qui vient de perdre son seul et unique représentant du fédéral à son bord.

Une autre victime jouait un rôle tout aussi peu vital dans notre société : le Conseil canadien du statut de l'artiste perd ses 12 administrateurs, certes, mais cet organisme est classé inactif depuis 1996. Comment expliquer que le ministère du Patrimoine ait pris 14 ans pour s'en rendre compte?

Bon nombre de ces nominations vont, ou plutôt, allaient naturellement à des amis du parti au pouvoir, et la disparition de ces postes ne fera pleurer personne.

L'exercice d'hier rapporte un peu plus de un million de dollars au gouvernement, une goutte d'eau dans l'océan des finances publiques. Mais le ministre voulait prouver «que nous sommes sérieux», comme il l'a dit dans sa conférence de presse.

Et effectivement, M. Day est fort sérieux. Le président du Conseil du Trésor a lancé au hasard d'une réponse un chiffre nettement plus inquiétant : 13 000 personnes quittent la fonction publique chaque année, et leur remplacement ou non sera décidé au cas par cas.

Comme les enveloppes financières des ministères sont gelées pour les trois prochaines années, le gouvernement compte visiblement sur ces départs naturels pour atteindre ses objectifs.

M. Day a aussi confirmé la poursuite du processus de révision administrative de tous les ministères et organismes, selon une rotation amorcée il y a trois ans.

Dans chaque cas, 17 en tout cette année, les responsables doivent identifier les 5 % de dépenses les plus inutiles, à leurs yeux, et remettre cet argent en jeu. À eux de prouver qu'ils peuvent l'utiliser à meilleur escient, sinon le grand argentier part avec la sacoche.

La méthode a l'avantage de dépolitiser le processus. En laissant les choix aux employés de l'État, le gouvernement conservateur limite les possibilités d'affrontement, déjà amoindries par sa décision de respecter les conventions collectives en vigueur et de ne pas imposer de gel salarial.

Il était d'ailleurs étonnant d'entendre le ministre vanter la qualité du travail des fonctionnaires comme l'a fait M. Day, hier. Les éloges suivaient les hommages, les mots partenariat, responsables et innovateurs se suivaient dans une même réponse.

Pour les détails, passons. Le gouvernement veut éviter de sabrer à l'aveuglette comme l'a fait Paul Martin dans son temps, il ne veut pas de gros titres dans les médias ou de premiers ministres provinciaux qui ruent dans les brancards. Le mot d'ordre? Pas de conflits.

Mais même facile, dans les circonstances, la coupe d'hier a l'avantage de fixer sinon un objectif ferme, du moins un modèle :

M. Day a aboli 9 % des postes analysés dans cet exercice. Que les intéressés se le tiennent pour dit.

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