«Réserve» est le moins qu'on puisse dire. Le maire aurait voulu tuer le projet qu'il n'aurait pas réagi autrement.
«C'est le bébé de Sam Hamad. Il y a toutes sortes d'événements. Si Sam veut celui-là, bravo pour lui.» Sous-entendu, j'ai d'autres priorités.
Puis le maire de s'inquiéter des conséquences pour le Grand Prix de Trois-Rivières. «Un impact terrible. Il faut prendre ça en considération.»
Depuis quand le maire Labeaume s'inquiète-t-il que Québec fasse de l'ombre à ses voisines?
La vérité, c'est qu'il a réagi comme s'il avait été froissé que le ministre prenne publiquement l'initiative (et le mérite)
du projet.
L'autre jour, ce fut le Red Bull Air Race, le projet de course d'avions sur le fleuve. Après s'être enthousiasmé, le maire avait brusquement «tiré la plogue» au retour d'un voyage à San Diego avec Marcel Aubut.
Trop cher et pas assez intéressant, avait conclu M. Labeaume. Le Air Race fut cloué au sol. Fin de la discussion.
D'où ma question : quels critères guident la Ville de Québec dans sa quête de grands événements internationaux?
La visibilité? Les retombées économiques? La disponibilité des infrastructures? Les chances de succès? La cohérence avec les grands objectifs : ville verte et attrayante pour les jeunes familles? Ou alors le plaisir des citoyens spectateurs, comme au temps des arènes romaines?
Québec et Montréal accueilleront des épreuves du ProTour réunissant l'élite mondiale des cyclistes. Ça commence l'automne prochain et ça reviendra pendant quatre ans.
Québec vise aussi sept autres grands événements sportifs : Congrès Sport Accord (2012); Championnats de patinage artistique (2013), de courte piste (2013) et de longue piste (2015); Mondiaux junior de hockey (2015); Jeux olympiques d'hiver jeunesse (2016); Jeux universitaires (2017 ou 2019).
S'ajoutent le Forum international des cultures (2016) et bientôt une nouvelle candidature olympique. La liste des événements est «évolutive».
Depuis 2008, on n'en finit plus de se projeter dans l'espace et le temps.
Ce n'est pas une blague, la Chambre de commerce vient même de créer un fonds pour les fêtes du 500e. Encore un peu et on aura les détails dans la rubrique des activités à venir, à côté du prochain lunch de «réseautage»!
C'est curieux, j'ai senti comme un malaise lorsque j'ai commencé à poser mes questions hier matin à l'hôtel de ville.
Les sources se dérobaient, repoussaient le moment de répondre, se renvoyaient la balle, comme s'il y avait là un sujet sensible. Je n'ai pas compris.
Ce n'était pourtant pas compliqué. Quels critères? Les grands projets ne se décident quand même pas sur les humeurs du moment.
On a fini par m'en trouver trois, un peu à la sauvette, en fin de journée. Rien par écrit :
1) la Ville choisit en fonction de son expertise humaine et technique;
2) elle choisit les événements pouvant mettre en valeur son statut de ville d'hiver;
3) elle choisit ceux qui ne nécessitent pas de nouvelles infrastructures.
Va pour l'expertise et pour la ville d'hiver. Pour les infrastructures, c'est moins convaincant. Depuis quelques mois, le maire Labeaume tient justement le discours contraire : se servir des événements pour améliorer les infrastructures et vice versa.
Rien sur les retombées, les coûts, les bénéfices collectifs. Ou alors, c'est qu'on a oublié de m'en parler.
Je sais qu'il faut se méfier des études de retombées économiques. Par nature, elles exagèrent les impacts et banalisent les coûts pour les pouvoirs publics.
Raison de plus pour se poser des questions. Ça ne veut pas dire de renoncer. Simplement de mieux comprendre ce qu'on attend de ces grands événements.










