Le plus célèbre et médiatique d'entre eux, le général Rick Hillier, a d'ailleurs jeté un pavé dans la mare, dans ses mémoires, en accusant les hauts fonctionnaires de tenir le beau rôle dans des questions qui les dépassent.
Non, je n'ai pas lu son livre, je vous rapporte plutôt ce qu'en dit Philippe Lagassé, un expert en questions de défense qui enseigne à la fois à l'Université d'Ottawa et à Carleton University.
Ce dernier soutient, dans une analyse publiée hier par l'Institut de recherche en politiques publiques, que le général a tout, tout croche.
La structure actuelle de prise de décision en matière militaire fonctionne au contraire de manière avantageuse et efficace, même si cet avis surprend l'observateur que je suis.
Le cafouillage gouvernemental en cours sur les détenus afghans semble démontrer que le système est boiteux. Mais non. Seulement, dans ce cas, les conservateurs au pouvoir font partie du problème.
Hier encore, le premier ministre refusait de dévoiler le mandat écrit du juge Iacobucci sur le caviardage des documents militaires, une attitude qui ne sert qu'à amplifier les doutes du public sur ce qui s'est réellement produit en Afghanistan.
Le secret qui entoure cette affaire n'est pas obligatoire, il ne fait pas partie du système, selon M. Lagassé. Je constate cependant qu'il fait au moins partie des habitudes.
Les membres du comité sur l'Afghanistan auraient dû recevoir toute l'information, quitte à leur donner une cote de sécurité appropriée, propose-t-il.
Car l'auteur croit au travail des comités parlementaires. La confrontation et les désaccords entre députés de partis opposés, souligne-t-il, ouvrent le débat politique, une nécessité à son avis pour contrer les efforts de contrôle constants du gouvernement, du lobby de la Défense et des groupes pacifistes pour imposer leur point de vue. Des comités parlementaires assortis de
meilleures équipes de recherche qu'en ce moment, selon lui, pourraient empêcher la victoire de la pensée unique.
Dans son étude toute en nuances - auxquelles il n'est pas possible de rendre justice -, l'universitaire reconnaît que cette proposition ouvre la porte à un conflit avec le ministre de la Défense et le premier ministre, actuellement responsables devant le Parlement et la population.
D'où son appel à la plus grande prudence dans ce dossier pour éviter de donner à ce comité le même pouvoir exagéré qu'il reproche aux autres acteurs en cause.
N'oublions pas que les meilleures intentions au monde, comme celles qui sous-tendaient ainsi la Loi sur l'imputabilité, ont entraîné des effets pervers imprévus dont il est à peu près impossible de se défaire, sur le plan politique.
Lagassé se garde bien de vouloir bouleverser le nécessaire équilibre des parties prenantes et de priver ainsi le gouvernement de son ultime responsabilité en la matière.
D'autant plus qu'il nous rappelle fort opportunément l'intervention à la fois du ministère des Finances et du Conseil du Trésor dans le processus militaire.
Quand ces deux-là coupent, il ne reste plus au pauvre ministre Peter MacKay qu'à décider s'il préfère un bateau ou des hélicoptères. Et tant pis pour la belle planification stratégique.
On ne change pas la mécanique politique et gouvernementale sur un coup de tête. Mais après la lecture de la soixantaine de pages du professeur
Lagassé, je me demande même, malgré toute sa bonne volonté, s'il est possible de modifier autre chose que la couleur des tapis.










