Une ville en héritage

François Bourque
Le Soleil

(Québec) Le plus important héritage du Rassemblement populaire (RP) et du Renouveau municipal de Québec (RMQ), qui lui a succédé en reprenant ses idées et ses valeurs, fut sans doute la création de la grande ville de Québec.

Il fallait courage et détermination pour convaincre le gouvernement d'imposer la fusion qui allait permettre à Québec de prendre un nouvel élan et de devenir ce qu'elle est.

Paradoxalement, la fusion aura causé la perte du RMQ. Il était écrit dans le ciel que, tôt ou tard, les anciennes villes de banlieue voudraient punir le parti qui en était responsable.

Elles ont fini par avoir leur revanche en élisant la mairesse Boucher en 2005, puis le maire Labeaume deux ans plus tard. Le RMQ a finalement été rayé de la carte l'automne dernier.

Ce n'était plus qu'une question de temps avant que ses derniers militants débranchent le respirateur artificiel. Ce qu'ils ont fait cette semaine, avec nostalgie, résignation et une certaine sérénité.

Il aurait été inutile de s'acharner plus longtemps à maintenir en vie un parti marqué au fer rouge. Mieux valait fermer les livres, prendre un peu de recul et laisser mûrir le paysage politique. Un parti n'est pas une fin en soi; c'est un «véhicule» qu'on peut remplacer.

Le ressac antifusion n'est évidemment pas la seule raison du déclin du RMQ.

Il y a l'usure du pouvoir. Après 16 années, il restait moins d'énergie pour se battre; le départ de Jean-Paul L'Allier et l'incapacité de trouver un successeur d'une même envergure et d'un même charisme; la montée du maire Labeaume avec un discours populiste et une vision ambitieuse de l'avenir de Québec. En occupant tout le terrain des idées, M. Labeaume a tiré le tapis sous les pieds du RMQ et des autres oppositions.

On pourrait spéculer sur ce qu'il serait advenu du RMQ si M. Labeaume avait réussi à en devenir le chef en 2005. Aurait-il pu «sauver» le parti? Pas sûr.

Il était encore un inconnu et n'aurait sans doute pas fait le poids contre la mairesse Boucher et la fronde des villes de banlieue. C'est probablement lui qui aurait payé le prix de l'usure du pouvoir et du ressentiment contre le RMQ.

L'autre grande contribution du parti fut l'amélioration de la vie démocratique à Québec : consultations publiques, participation des citoyens, transparence, règles d'éthique et d'octrois de contrats, etc.

Il faut se souvenir d'où Québec partait. À la naissance du «Ras pop» en 1977, il n'y avait même pas de période de questions des citoyens à la séance du conseil. Ce fut d'ailleurs une de ses premières batailles.

L'héritage démocratique est cependant le plus fragile, même si plusieurs «acquis» ont été inscrits dans la charte de la Ville.

C'est que la démocratie n'est pas seulement affaire de structures et de droit de vote, mais aussi d'attitude et de respect du citoyen et du point de vue des autres. Cela, même la meilleure des chartes ne pourra jamais le garantir.

Depuis quelques années, on a beaucoup dénoncé la lourdeur des mécaniques de consultations, leur reprochant de ralentir, voire de paralyser l'administration de la Ville.

C'est un peu vrai.

Cette mécanique est devenue très lourde, et le RMQ en fut tenu responsable. Parfois à tort.

Avant les fusions, les citoyens de Québec étaient consultés, et l'administration décidait ensuite.

Dans les villes de banlieue, il n'y avait pas de consultations formelles avant les décisions, mais les citoyens pouvaient se manifester après en signant des registres ou en votant à des référendums.

Lors des fusions, la logique aurait voulu que le gouvernement choisisse un des deux modèles pour la nouvelle ville. Il n'en a pas eu le courage. Avec pour résultat que les citoyens de Québec sont maintenant consultés avant les décisions et après, ce qui n'est rien pour accélérer les choses.

On retiendra finalement la contribution importante du parti à l'aménagement urbain. Le RP-RMQ n'a pas tout inventé bien sûr, mais il a eu l'inspiration de puiser aux meilleures pratiques en Europe et en Amérique du Nord.

Sa façon de relancer le quartier Saint-Roch en misant sur la mixité des fonctions, le respect des trames de rue, l'aide à la construction, à la rénovation et à l'emploi; les investissements publics (parc, mobilier urbain, immeubles) ont fait école et s'imposent encore comme le meilleur modèle de développement pour les prochaines décennies.

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