Dans les corridors du PQ, et de la FTQ-Construction

L'aut'journal, dirigé par Pierre Dubuc, porte-parole du SPQ... (Photothèque Le Soleil)

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L'aut'journal, dirigé par Pierre Dubuc, porte-parole du SPQ Libre, a déjà publié des articles flatteurs sur Québec solidaire.

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Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Le scénario est toujours le même : un ou deux jours avant la tenue d'un congrès du Parti québécois, le SPQ Libre lance un débat. (SPQ Libre, pour Syndicalistes et progressistes pour un Québec Libre).

Hier, le groupe a occupé les trois quarts de la page d'opinions du Devoir pour riposter au mot de présentation de Pauline Marois en vue du colloque du PQ sur la création de la richesse, qui se tient aujourd'hui et demain à Lévis.

«S'enrichir durablement, c'est s'enrichir collectivement», titrait l'article, signé par Marc Laviolette et Pierre Dubuc. Pauline Marois voyait les choses autrement dans son mot de présentation : «Pour un gouvernement souverainiste, l'enrichissement des individus de tous les âges sera au centre de la politique économique. [...] Il n'est de richesse partagée qui ne fut d'abord créée.»

Le débat est lancé

Ce genre de discussion n'est pas nouveau au sein du PQ. Mais là où le bât blesse chez de nombreux militants, c'est la légitimité accordée aux porte-parole du SPQ Libre depuis que Bernard Landry leur a accordé le statut de club politique au sein du parti. Ce statut leur donne le droit d'avoir deux délégués au conseil national et un à la conférence des présidents. L'effectif de ce club n'a jamais dépassé 500, mais ses interventions publiques ont toujours fait plus de bruit que son influence réelle. En fait, le SPQ est une épine au pied pour bien des péquistes.

Son statut de club politique doit être renouvelé chaque année, avec la preuve qu'il a au moins 200 membres, dont un minimum de 10 par région, dans quatre régions du Québec. Pendant plusieurs années, on a oublié de lui réclamer cette preuve. Mais cette année, la direction du PQ l'a exigée. Marc Laviolette et Pierre Dubuc ont riposté avec une campagne de recrutement qui leur a donné 325 membres. Une campagne, soit dit en passant, dont l'annonce a été «payée et autorisée par Jean Fournier, agent officiel du Parti québécois...»

Le communiqué de presse annonçant les résultats de cette campagne a bien campé les divergences d'opinion avec les politiques du PQ. «À l'encontre de l'individualisme ambiant, devant lequel s'inclinent certains courants au sein du Parti québécois et qui les amène à flirter avec les idées néolibérales de l'ADQ dans le vain espoir d'hypothétiques et illusoires gains électoraux - comme l'a démontré l'expérience de la gouverne d'André Boisclair - le SPQ Libre veut remettre à l'avant-scène les valeurs collectives qui ont donné naissance à la Révolution tranquille.»

Le même communiqué s'en prend au refus de Mme Marois de ne pas fixer d'échéancier pour la tenue d'un référendum sur la souveraineté. «Il faut une démarche claire et un échéancier. Sinon, la gouverne souverainiste va vite dégénérer en gouverne provincialiste.»

Un peu d'histoire

À l'origine, le SPQ Libre a été présenté aux instances du parti comme une stratégie visant à bloquer la création d'un parti souverainiste de gauche au Québec. C'est Monique Richard, Pierre Dubuc et Marc Laviolette qui ont convaincu Bernard Landry, un vendredi soir, lors d'une réception à sa résidence de Verchères. L'intention de M. Landry, de créer plusieurs clubs, ne s'est jamais matérialisée, et le SPQ Libre n'a pas empêché la création de Québec solidaire. Avec le temps, les artisans du SPQ Libre sont même devenus des alliés du parti de Françoise David et d'Amir Khadir. Sur le site de L'aut'journal, dirigé par Pierre Dubuc et distribué à 20 000 exemplaires, on trouve des articles flatteurs sur Québec solidaire. Le 3 février, on a publié un texte intitulé «Québec solidaire et le courage politique». On y cite Françoise David, qui affirme que «devant la crise des finances publiques, le gouvernement comme les partis d'opposition proposent les mêmes recettes».

Bref, le SPQ Libre est un club politique au sein du PQ, mais ses dirigeants flirtent ouvertement avec Québec solidaire.

Les abolitionnistes...

Cette situation exaspère les militants. On raconte que Marcel Fafard, le président de l'association de circonscription de Sylvain Simard, prêche ouvertement pour l'abolition des clubs politiques, et qu'il n'est pas seul. On raconte aussi que cette hypothèse est discutée régulièrement dans les hautes instances du parti. Pauline Marois a songé un moment à cette hypothèse, mais elle n'a pas bougé. Il faut dire que Marc Laviolette a été totalement isolé au conseil national du PQ, en mars 2008, quand Pauline Marois a fait retirer du programme du parti l'obligation de tenir un référendum au cours d'un premier mandat. Mais de nombreux militants estiment que ce club politique prend trop de place dans les médias en plus de créer deux catégories de membres : ceux qui sont délégués démocratiquement par leurs associations de circonscription, et ceux du SPQ Libre.

Lors de leur dernière campagne de recrutement, Pierre Dubuc et Marc Laviolette ont annoncé qu'ils seront très actifs lors des débats préparatoires au congrès de juin 2011, qui adoptera le nouveau programme du parti. Pour certains péquistes, on devrait profiter aussi de ce congrès pour abolir purement et simplement les clubs politiques.

Les quatre mousquetaires...

Le débat d'aujourd'hui et de demain sur la création de la richesse oppose des idées trop divergentes pour que ces divisions entre le parti et le club politique passent inaperçues. À moins que Pierre Dubuc et Marc Laviolette se fassent plus discrets, mais ce n'est pas leur genre... Laviolette a révélé hier que c'est lui qui sera le délégué du SPQ Libre en fin de semaine au colloque du PQ. «Mais nous serons quatre quand même», a-t-il ajouté, en expliquant que trois autres membres, dont Pierre Dubuc, se sont inscrits comme observateurs. Ils n'ont pas le droit d'intervenir, mais «tu fais du corridor dans ce temps-là», a-t-il conclu en riant. «C'est comme dans le mouvement syndical.»

Les lobbyistes de la FTQ-Construction

Amir Khadir jouit d'une bonne crédibilité à l'Assemblée nationale. Pourtant, le député de Québec solidaire a posé un geste surprenant le 4 décembre dernier, lorsque les élus ont adopté le projet de loi 73, qui a renforcé les mesures afin de lutter contre la criminalité dans l'industrie de la construction. Il a voté contre.

Il s'est objecté à un amendement à l'article 113.1 qui stipule : «Quiconque pose un geste d'intimidation, de menace ou de contrainte dans le but de provoquer un ralentissement une perturbation ou un arrêt des activités sur un chantier commet une infraction et est passible d'une amende de 1000 $ à 10 000 $ pour chaque jour ou partie de jour que dure l'infraction».

Pourquoi un tel geste? Le député explique aujourd'hui qu'il tenait à ce que le texte vise également les entreprises et non pas seulement les syndiqués.

Selon le PQ, son geste est plutôt le résultat du lobby de la FTQ-Construction. Des sources péquistes ont révélé que les hautes instances de ce syndicat ont fait un lobby similaire au sein du Parti québécois, mais qu'ils se sont heurtés à un refus.

M. Khadir reconnaît avoir rencontré le patron de la FTQ-Construction, Richard Goyette, à son bureau de circonscription. Mais il affirme que la rencontre portait sur la demande d'enquête sur la construction et n'avait rien à voir avec le projet de loi 73.

Il n'empêche qu'il a été sensible au lobby syndical.

L'affaire est sans conséquence, puisque le projet de loi a été adopté de toute manière. Mais elle illustre bien pourquoi les syndicats ont fait un tel lobby, sous le gouvernement Landry, pour exiger de ne pas être soumis au registre des lobbyistes...

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