La poigne de Pauline

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) L'expulsion du SPQ Libre du Parti québécois, hier, a coïncidé avec un recentrage du parti en matière économique. C'est un petit pas vers la droite, mais c'est bien davantage un autre grand pas dans la démarche disciplinaire que Pauline Marois a imposée à son parti depuis qu'elle en a pris la direction. Fini les querelles sur la scène publique! C'est dorénavant à l'interne qu'on lavera le linge sale.

Ce mouvement avait été amorcé avant l'arrivée de Mme Marois. En 2005, l'exécutif national du parti avait transformé deux des quatre réunions statutaires annuelles du Conseil national en conférences nationales des présidents. Officiellement, l'opération visait à donner un meilleur accès aux présidents d'associations de circonscriptions auprès des hautes instances du parti. Mais dans les faits, le but visé était de priver la gauche orthodoxe de deux forums annuels où ses militants embarrassaient le chef et ennuyaient l'assemblée avec des débats interminables sur la démarche souverainiste. Les délégués de Montréal-Centre avaient fait leur spécialité de ces querelles publiques qui amusaient les médias et faisaient les manchettes. La conversion de ces conseils nationaux en conférences nationales des présidents a calmé le jeu.

Deuxième contribution

La deuxième contribution à la discipline du parti est venue de Pauline Marois à Saint-Hyacinthe en mars 2008. À peine élue à la succession d'André Boisclair, elle a libéré le PQ de l'obligation de tenir un référendum au cours de son prochain mandat de gouvernement. Marc Laviolette, qui plaidait alors pour un processus de référendum d'initiative populaire, s'est retrouvé isolé en compagnie de l'ex-député de L'Assomption, Jean-Claude St-André, un autre indiscipliné que Mme Marois avait dans sa mire. Huit mois plus tard, la chef du PQ a refusé la candidature de St-André dans L'Assomption, ce qui a donné lieu à une bousculade disgracieuse à l'assemblée d'investiture. St-André a claqué la porte du parti.

L'expulsion du SPQ Libre, en fin de semaine, est une autre mesure disciplinaire de même nature. Lors de son point de presse d'hier, Mme Marois a prétexté que le club politique n'était plus conforme aux exigences liées à son statut au sein du parti. Mais elle a admis du même coup que le «cahier de presse des déclarations» faites par Marc Laviolette et Pierre Dubuc avait compté fort dans sa décision. Elle leur a reproché d'avoir trop souvent «essayé de forcer la main du parti sur des débats déjà faits» à la veille des réunions du conseil national. Bref, ils prenaient trop de place dans les médias à l'extérieur des instances. Hier matin, le directeur du PQ, Jonathan Valois, a expliqué que les débats devaient se faire «à l'intérieur de nos instances» et non à l'extérieur.

Bref, il aura fallu moins de deux ans à Pauline Marois pour faire ce que Lucien Bouchard, Bernard Landry et André Boisclair n'ont pas réussi à accomplir : faire taire les dissidents de l'extrême gauche.

Même les «belles-mères» ont pris leur place. Jacques Parizeau est sage depuis que Mme Marois est là et Bernard Landry se fait plus discret. Quant à Lucien Bouchard, il y a longtemps qu'on ne l'associe plus aux péquistes ou à la social-démocratie.

Fini les chicanes au Parti québécois? Il serait prématuré de tirer une telle conclusion. Mais il saute aux yeux que la grande liberté d'expression dont se réclamaient les péquistes sera dorénavant beaucoup mieux encadrée...

Est-ce possible? Peut-être, mais seulement si le PQ conserve une chance honnête de reprendre le pouvoir dans trois ans, et si les libéraux continuent de se tirer dans le pied.

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