Des «croches», les politiciens?

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Jean Charest et Pauline Marois se retrouveront cet après-midi à l'Assemblée nationale, mais on peut douter qu'ils échangent des petits mots courtois. Les relations entre les deux leaders s'étaient déjà détériorées au cours des derniers mois. Elles sont passées aux insultes personnelles en fin de semaine.

Pauline Marois se défendait hier d'avoir porté atteinte à l'intégrité personnelle de son adversaire, mais elle est allée très loin samedi. Elle a rappelé que le premier ministre a reçu 750 000 $ en salaire de son parti depuis 10 ans. Évoquant «cette odeur tenace de corruption qui flotte sur le gouvernement», elle a accusé son adversaire de bloquer une enquête publique pour protéger les «amis du Parti libéral» qui paient son salaire. Serait-ce qu'il «hésite à mordre la main qui le nourrit?»

Jean Charest a été piqué au vif. Il a mandaté Line Beauchamp de rappeler aux médias que Claude Blanchet, le conjoint de Mme Marois, a reçu 800 000 $ de pensions de la Société générale de financement et qu'il continuera de recevoir 80 000 $ par année jusqu'à la fin de ses jours, après seulement six ans à la tête de l'organisme.

Qui a gagné le débat? Aucun des deux. Si vous allez dans les quartiers populaires ce matin et que vous demandez aux gens ce qu'ils en pensent, on vous répondra que les politiciens «se graissent la patte» et gaspillent les fonds publics, tous partis confondus.

Ce préjugé est déjà répandu parmi la population. On accuse souvent les médias d'en être responsables, mais les événements de la fin de semaine montrent que les politiciens sont capables de se détruire eux-mêmes.

Du respect, parfois...

Pourtant, il leur arrive de se traiter en collègues respectueux, au-delà des luttes partisanes. Jean Charest avait eu de bons mots sur le sujet lorsque Pauline Marois a quitté la politique le 20 mars 2006.

«Je pense, entre autres, aux critiques qu'on vous a formulées quand nous étions dans l'opposition. [...] Mais j'aimerais vous dire, aujourd'hui, que quand on a eu l'occasion de vous formuler nos critiques, on n'a jamais, jamais voulu vous blesser et surtout on n'a jamais voulu manquer de respect ni à votre endroit ni à l'endroit de votre famille».

Pauline Marois dirait la même chose aujourd'hui que les libéraux ne la croiraient pas. Selon toute vraisemblance, le Parti québécois a compris que les allégations de scandales et de corruption sont sa meilleure arme contre ce gouvernement. Les critiques sur la santé ou l'éducation portent. Mais le contexte budgétaire fait que peu de gens croient qu'un gouvernement péquiste ferait beaucoup mieux.

C'est différent sur les questions d'intégrité : Jean Charest misait sur le temps pour faire oublier les scandales sur la construction mises au jour à l'automne à l'occasion des élections montréalaises. Mais chaque jour qui passe apporte de l'eau au moulin de ceux qui réclament encore une enquête. Après les entrepreneurs, ce sont les syndicats de la FTQ-Construction qui sont sur la sellette. Et ce n'est pas la sortie publique ponctuée de jurons des patrons de ce syndicat, hier, qui viendra rassurer la population.

Avec de tels alliés dans son refus de tenir une enquête, le gouvernement Charest est dans un cul-de-sac. S'il déclenche une enquête, il en fera les frais; s'il ne le fait pas, il en paiera le prix politique. Il est douteux, dans un tel contexte, que le PQ amoindrisse ses propos, même si la réputation de la classe politique en souffre un peu. Et c'est encore plus douteux si son comportement lui vaut une remontée dans les sondages d'opinion...

publicité

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer