Un même scénario.
1) Un promoteur expéditif qui se fout des règlements et coupe des arbres sans permis.
2) Des citoyens qui se mobilisent pour sauver un boisé de leur voisinage.
3) La Ville de Québec qui cafouille avec le zonage, incapable d'établir clairement si elle veut protéger ou non la ceinture verte de la ville et le bassin versant de la rivière Saint-Charles.
Ajoutez-y un soupçon de «pas dans ma cour», un peu d'idéalisme planétaire, de militantisme exacerbé et de flou juridique, ça vous donne le tableau.
Mais avant de tout mêler, mieux vaut reprendre depuis le début.
L'histoire commence il y a 400 ans. Pas 400 ans à la Montagne des Roches, mais 400 ans que des Blancs coupent des arbres à Québec.
Un «peuple de défricheurs. Comme dans Maria Chapdelaine», rappelle Jacques B. Gélinas, sociologue, auteur, conférencier et militant à ses heures du groupe de citoyens Forêt y voir.
Ce qui veut dire que depuis des siècles, abattre des arbres, défricher et construire fut une activité valorisée et perçue comme rentable.
Ce l'était encore lorsque les banlieues ont explosé après la guerre et que le développement a fini par gruger jusqu'à la montagne des Roches, en haut du Trait Carré.
Le contexte a bien sûr changé.
Les citoyens qui se battent pour le boisé de leur voisinage oublient parfois qu'ils n'habiteraient pas le quartier si les valeurs qu'ils prônent avaient été appliquées avant.
Ils aiment écouter les oiseaux, flâner au ruisseau et marcher dans les sentiers ombragés. Pourquoi ce qui est bon pour eux ne le serait-il pas pour d'autres?
Je suis agacé lorsqu'ils érigent en dogme l'interdiction de toucher à leur boisé en plaidant que la Terre a tout à coup atteint la limite. Par hasard, juste au bout de leur cour.
Le débat de la Montagne des Roches, comme celui du boisé Saint-Émile, dépasse cependant le «pas dans ma cour».
Plusieurs des citoyens les plus engagés n'habitent d'ailleurs pas à l'orée du bois, mais un peu plus loin.
C'est le cas de Martine Sansfaçon, la tapageuse porte-parole de Forêt y voir. Un dévouement exemplaire et altruiste, donc.
Jusqu'à ce qu'on se souvienne que Mme Sansfaçon est une militante de Québec solidaire dont elle fut une candidate en 2008. Son dépliant faisait alors état de son militantisme pour ROSE du Nord (collectif de femmes vivant en situation de pauvreté) et de son travail pastoral en paroisse.
Pour lui avoir parlé un long moment, j'ajouterais que Mme Sansfaçon dramatise, a le soupçon facile et les insinuations, lapidaires.
Cela n'invalide pas son propos sur la protection des boisés, mais on comprend qu'il s'agit d'une battante tous azimuts qui a, entre autres, des intérêts politiques. Mais ne nous éloignons pas trop.
La vraie question, la seule. Où tirer la ligne du développement?
La réponse serait peut-être différente si l'administration Labeaume n'avait pas annoncé qu'elle veut faire de Québec un modèle de ville verte et aquaresponsable. Cela est d'ailleurs inscrit à son cahier de candidature du Forum universel des cultures.
Cela pose un problème de cohérence. Comment tenir un discours exemplaire alors qu'on vasouille avec le zonage?
La Ville n'a parfois pas le choix de délivrer des permis de construction lorsque les projets respectent le zonage en vigueur.
Mais comment expliquer qu'elle choisisse encore aujourd'hui d'assouplir le zonage pour développer dans la ceinture verte et dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles?
De surcroît, pour accommoder des promoteurs qui bafouent ses propres règlements sur l'abattage des arbres? J'ai du mal à suivre.















