Dès qu'une tuile dégringole d'un toit, ils la reçoivent sur la tête. Dès qu'une enveloppe brune a été oubliée quelque part, c'est eux que l'on surprend en train de la ramasser. Et dès qu'un personnage louche débarque en ville, vous pouvez parier qu'ils se trouveront à ses côtés, juste à l'instant où quelqu'un prend une photo.
Toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. C'est vraiment trop injuste.
Mais n'allez pas suggérer que les bonzes de la FTQ sont responsables de leur malheur. Jamais. Même pas un tout petit peu. Si vous osez dire une chose pareille, ils vont se fâcher tout rouge. La malchance, c'est pas drôle. En plus, on ne connaît pas de vaccin.
Comme disait un humoriste : «Vous pouvez croire que votre patte de lapin porte chance. Mais rappelez-vous qu'elle n'a pas fonctionné très fort pour le lapin...»
Il paraît qu'il ne faut jamais juger quelqu'un d'après ses fréquentations. Judas en avait d'excellentes, paraît-il.
Mais peut-on en dire autant de la FTQ?
En septembre, l'émission Enquête de Radio-Canada diffusait une conversation téléphonique au cours de laquelle Gilles Audette, le bras droit du président de la FTQ, évoquait des liens entre le crime organisé, la FTQ-Construction et le Fonds de solidarité-FTQ. Furieuse, la FTQ a accusé Radio-Canada d'avoir fabriqué l'enregistrement, en rafistolant des bouts de conversation.
Ne souriez pas. Même les paranos peuvent avoir de vrais ennemis.
Il y a quelques jours, Jocelyn Dupuis, l'ancien directeur général de la FTQ-Construction, a été accusé de fraude. La Presse a aussi soutenu qu'il avait été congédié pour ses liens présumés avec des gens du crime organisé.
Les ennuis de M. Dupuis avaient commencé en 2008, après qu'il se soit fait rembourser des dépenses de 125 000 $ en six mois. Des bouteilles de vin à 200 $. Des soupers à près de 3000 $.
Attendez. Les liaisons dangereuses de la FTQ ne s'arrêtent pas là. En septembre, Radio-Canada suggérait même que les élections à la tête de la FTQ-Construction avaient pu être manipulées par... Par qui, déjà?
Ceux qui ont répondu «le club scout de Saint-Viateur» seront privés de dessert.
En fait, par une autre malchance dont la FTQ possède le secret, les élections auraient été manipulées par un sympathisant des Hells Angels. Le syndicat l'aura confondu avec un petit frère des pauvres, qui sait?
«Il faut arrêter d'exagérer», répète le président de la FTQ, Michel Arsenault.
Et monsieur sait de quoi il parle. L'an dernier, il a passé des vacances aux Bahamas, sur le yacht d'un grand baron de la construction, Tony Accurso.
La rumeur veut qu'il s'y rendait pour jouer au scrabble. Ou pour perfectionner sa stratégie au jeu de roche-papier-
ciseaux. Mais le hasard (encore lui!) veut qu'il préside aussi le conseil d'administration du Fonds de solidarité FTQ. Et comme ce dernier a investi des dizaines de millions de dollars dans les entreprises de M. Accurso, tout cela pouvait ressembler à un échange de bons procédés.
«Je suis un Gaspésien, j'aime l'eau», a dû expliquer sans rire M. Arsenault, dans une entrevue qui aurait soutiré des larmes à n'importe qui, même à la pelle mécanique la plus endurcie.
Tant de malchance, avouez que ça brise le coeur...
Quand la Sûreté du Québec débarque dans les bureaux de la FTQ-Construction, des esprits tordus s'imaginent toutes sortes de choses. Et ces jours-ci, avec les accusations d'intimidation et de taxage sur les grands chantiers de la Côte-Nord, les mauvaises langues s'en donnent à coeur joie.
Vrai que dans une conversation téléphonique diffusée par Radio-Canada, le représentant syndical de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord dévoile des talents poétiques insoupçonnés. Pas étonnant qu'on l'ait surnommé «Rambo».
«Tu vas fermer ta câlisse de yeule avant que j'arrive dans le coin, hurle-t-il à un interlocuteur. [...] Tu vas voir quand Rambo va t'en crisser une dans les dents, tu ne la trouveras pas drôle.»
Et quoi? On a beau s'être baptisé Rambo, ça n'empêche pas d'avoir un petit coeur qui saigne. Ni d'avoir l'âme d'un artiste.
C'est bizarre, on dirait que vous avez l'air d'en douter?














