Tout ça est légal, mais...

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Tout le monde a le droit de faire des contributions aux partis politiques. C'est une façon noble de contribuer à l'exercice démocratique, et l'État l'encourage en accordant des crédits d'impôt aux donateurs.

Là où ça devient problématique, c'est lorsqu'on a l'impression que les dons sont plus généreux pour le parti au pouvoir et que les motifs des donateurs sont liés à l'obtention de faveurs gouvernementales.

C'est à ce chapitre que les révélations faites mercredi par le PQ à l'Assemblée nationale soulèvent des questions. Les contributions à la caisse du Parti libéral par les membres de la famille et les associés de Construction Catania ne sont pas illégales : elles ont été déclarées au Directeur général des élections et elles sont le fait d'individus et non pas de l'entreprise.

Le problème, c'est qu'il a été démontré dans le passé que certaines compagnies remboursent à leurs employés les contributions faites aux partis politiques, ce qui constitue une entorse à la loi. C'est le cas de Tecsult, qui a admis s'être prêtée à cette manoeuvre, pour financer le PQ que le PLQ dans les années 90.

Est-ce que la pratique continue? C'est possible. Rien ne permet d'affirmer que la compagnie de construction Frank Catania se soit livrée à de telles manoeuvres. Mais il est étonnant de constater que les dons des membres de cette firme, de leurs conjoints ou associés, qui ne totalisaient que 2750 $ en 2000 et 950 $ en 2001, sont soudainement grimpés à 26 200 $ en 2004 pour atteindre 33 000 $ en 2008. Est-ce le fait voir les libéraux au pouvoir qui a soudainement rappelé ces donateurs à leurs devoirs démocratiques? Admettez que c'est un peu surprenant.

La question peut sembler naïve, mais elle est au coeur du débat en cours depuis longtemps sur le financement des partis politiques. Tout le monde s'entend sur la nécessité de donner au Directeur général des élections de nouveaux moyens pour vérifier la légalité des dons faits aux partis. Mais personne ne s'entend sur les mesures à prendre.

Dans l'attente d'une décision, tout devient suspect, surtout quand le refus de créer une commission d'enquête sur la construction, semble lié à la crainte du gouvernement de voir les commissaires se pencher sur le financement du Parti libéral. Tant et aussi longtemps que le gouvernement n'aura pas trouvé de réponses ou de solutions crédibles à ces questions, il sera vulnérable dans l'opinion publique.

Tomassi à la garderie

La solidarité libérale a des limites. On l'a vu mercredi encore sur les visages préoccupés des ministres et des députés qui écoutaient leur collègue Tony Tomassi expliquer les liens entre les dons au PLQ et l'octroi des permis de garderie à des amis du parti. Tomassi a été fidèle à lui-même : incapable de convaincre, il a menacé son critique Nicolas Girard de poursuites s'il osait poser les mêmes questions à l'extérieur de la chambre.

Encore là, il n'y avait rien d'illégal dans les allégations de Girard. Les propriétaires de garderies ont le droit de faire des dons au Parti libéral, et les membres de l'association de circonscription du ministre ont le droit d'avoir des garderies. Mais quand l'histoire se répète trop souvent, ça devient suspect. Il y a tout de même des limites aux coïncidences! Le gouvernement Charest est suffisamment dans l'embarras avec les demandes d'enquêtes sur la construction, sans que les liens du PLQ et de son ministre avec le milieu des garderies ne commandent également une enquête dans ce domaine.

À quand un remaniement ministériel?

Les péquistes doivent prier pour que ce soit le plus tard possible...

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