Un sommet enneigé de l'automne au printemps, des chèvres sur les parois escarpées, un lieu de vie sauvage et de villégiature.
Pendant que des villes planchent sur des gratte-ciel démesurés, «The Berg» pourrait devenir la nouvelle signature de Berlin. Une destination touristique jamais vue.
Le projet fou de l'architecte Jakob Tigges a été lancé l'an denier lorsque Berlin réfléchissait à l'utilisation de l'immense terrain vacant.
«The Berg» était une réaction à l'idée de morceler un grand terrain unique pour des projets qui pouvaient très bien loger ailleurs.
Sauf que le projet a frappé l'imagination et attiré les grands médias allemands. Des milliers de citoyens se sont mis à le prendre au sérieux et à signer des appuis dans Internet (www.the-berg.de).
Lorsque je suis tombé sur le «manifeste» du projet, j'ai pensé à nous. Vous me voyez venir.
«[...] Berlin s'offre une montagne. Berlin ne doit toutefois pas la construire pour la posséder. Sûrs de nous, nous affirmons tout simplement avoir une montagne. Nous nous l'imaginons, notre montagne, aussi haute et aussi longtemps qu'il faudra pour que nous puissions la voir...
[...] Tempelhof n'est pas seulement dans la conscience des Berlinois : les gens débarquent partout et se bousculent pour venir ne pas voir la montagne.»
Tirer profit d'une montagne imaginaire. Il fallait y penser.
Mais revenons sur terre. Saskatoon, Canada, le coeur du plat pays.
C'est la fin des années 60. La ville rêve des Jeux d'hiver du Canada, mais n'a pas de montagne.
Pas question de s'arrêter pour si peu. Elle en construirait une (avec l'argent du fédéral).
C'est devenu le slogan des Jeux : «Going to build a mountain».
Mount Blackstrap a ainsi jailli le long de l'autoroute, à 30 minutes de la ville. Les chiffres officiels parlent de 100 mètres de dénivelé. La réalité est plus proche de 65 mètres, mais l'ouvrage reste imposant.
Ce fut le hit des Jeux du Canada cette année-là, c'est en 1971. Assez qu'on a presque oublié que Bob Gainey avait gagné l'or au hockey avec l'équipe de l'Ontario.
La montagne a depuis servi au ski l'hiver; au vélo et à la randonnée l'été. Jusqu'à ce que la province se lasse de l'entretenir à perte, faute d'utilisateurs.
Elle a tenté depuis deux ans de trouver preneur dans le privé. Puis a annoncé en octobre dernier que la remontée et les équipements de ski seraient démantelés et vendus. Les Jeux d'hiver ne seraient plus qu'un souvenir.
«Voilà ce qui arrive quand on essaye de faire une montagne avec un grain de beauté [mole hill]», a alors ricané un internaute sur la page de CBC News.
Équipe Québec lancera sous peu un appel d'offres pour examiner la faisabilité et la viabilité d'un rehaussement du cap Maillard dans Charlevoix, en vue d'une nouvelle candidature olympique.
En 1994, la Fédération internationale de ski (FIS) avait donné son accord à un projet de piste de descente masculine sur cette montagne, sur la promesse de la rehausser.
Si les critères n'ont pas trop changé, le projet peut probablement encore passer le test.
Rappelons que le cap Maillard a déjà été boosté de 35 mètres en 2001, lors de la construction de la piste La Charlevoix, au Massif de Petite-Rivière-Saint-François.
Cette piste est actuellement homologuée par la FIS pour le slalom, le slalom géant et la descente féminine. Il manquerait encore 120 mètres pour la descente masculine.
Faire la démonstration qu'une piste est possible est une chose. La construire en est une autre.
La piste La Charlevoix est déjà hors de portée de l'immense majorité des skieurs. Imaginez avec un remblai et une rampe qui la grimperait encore plus haut.
Investir à l'avance dans une piste de descente olympique qui ne pourra jamais servir qu'une toute petite élite d'experts semble difficilement justifiable.
Si Berlin peut rêver d'une montagne de 1000 mètres et Saskatoon en construire une en plein champ, Québec ne s'empêchera de dormir parce que le cap Maillard est un peu court pour des Olympiques.
Nous ferons nous aussi comme si nous avions une montagne.
Pas nécessaire de la construire pour la posséder.
Nous affirmerons tout simplement avoir une montagne. On l'imaginera. Aussi haute et aussi longtemps qu'il faudra pour que nous puissions la voir.











