M. Harper et l'animateur Patrick Pichette y apparaissent aussi décontractés que deux marathoniens courant par une chaleur accablante, avec des chaussures beaucoup trop petites, que des mauvais plaisantins auraient remplies de sauce tabasco brûlante.
Selon les services de presse du premier ministre, l'expérience constitue un nouveau mode «d'interaction» avec le public. Le moyen pour les électeurs d'avoir accès à des renseignements «non filtrés».
Mais si c'est cela l'avenir, les perroquets du zoo de Granby ont un brillant avenir devant eux.
À la fin des réponses du premier ministre, l'animateur Pichette prodigue même des mots d'encouragement. «Super.» «Fantastique.» «Bonne réponse.» Et quand M. Harper s'égare dans une explication alambiquée sur les peines minimales de prison, M. Pichette lui souffle une réponse plus directe.
M. Pichette, qui est le chef de la direction financière de Google, n'évente pas le premier ministre avec une branche de palmier géante, telle la première courtisane du calife, mais c'est tout juste.
Ne boudons pas notre plaisir. Il y a longtemps que M. Harper se plaint du travail des médias. Il n'a jamais caché sa volonté de s'adresser directement aux Canadiens, en contournant ces enquiquineurs de journalistes.
Grâce à ce genre d'entrevue «exclusive», on voit mieux à quoi rêve notre premier ministre, le soir, après avoir sagement plié son pantalon bleu marine au pied du lit. Ça ressemble à une formule associant les décors de carton-pâte de la télévision communautaire et la vigueur intellectuelle d'un publireportage sur un pèle-patate révolutionnaire.
Blague à part, l'idée de faire appel à des questions formulées par le public apparaît louable. Mais parler «de démocratie en marche», comme le dit l'animateur Pichette, ça frise le délire. Ni le brave animateur, ni les internautes ne peuvent poser des sous-questions. Encore moins ramener le premier ministre vers le vif du sujet, quand il se met à réciter ses habituelles cassettes sur notre futur radieux.
Tout compte fait, le seul moment où M. Harper s'anime vraiment, c'est lorsqu'il parle des ravages causés par
la marijuana.
Ainsi va la vie. Quand il parle du réchauffement climatique, le premier ministre montre autant d'enthousiasme qu'un galérien à la veille d'un voyage transatlantique. C'est quand il prononce les mots crime ou drogue qu'il s'éveille. C'est quand il promet d'installer un quatrième verrou sur la porte qu'il lui pousse des ailes.
Pour le reste, savez-vous ce que M. Harper considère comme un échange constructif d'opinions?
Simple. C'est lorsque vous entrez dans son bureau avec vos idées et que vous en ressortez avec les siennes.
Un petit mot sur la politique québécoise, pour faire changement. Depuis quelques mois, au Québec, on dirait que dès que vous grattez un peu, vous tombez sur la FTQ. Et si vous grattez encore, vous tombez sur des amis du Parti libéral.
Ça ne prouve rien. Mais ça fait ressembler le Québec à un grand lit. À un tissu de copinages impossibles à démêler. Comme dans cette histoire de psychiatre en visite dans la maison des fous.
«Comment vous êtes-vous retrouvé ici», demande-t-il au premier patient qu'il rencontre.
Et l'autre répond :
«Tout a commencé lorsque je me suis marié avec une veuve. Cette dernière avait une fille d'un certain âge, qui est devenue ma belle-fille. Puis un jour, mon père nous a rendu visite. Et il est tombé amoureux de ma belle-fille, au point où ils ont fini par se marier. Ma belle-fille est donc devenue ma belle-mère. Mais ça ne faisait que commencer. Après, ma femme a eu un fils, qui est à la fois le beau-frère de mon père et le demi-frère de ma belle-fille.
De plus, puisque ce fils est le frère de ma belle-mère, il est par conséquent mon oncle. N'oubliez pas non plus que ma belle-mère étant aussi ma belle-fille, je suis moi-même le petit-fils de mon épouse... Vous me suivez encore? Quand on y pense, je suis aussi mon propre grand-père!
Docteur, comprenez-vous pourquoi je suis ici?»
Et le psychiatre, qui l'observe avec des yeux horrifiés, se met alors à hurler : «Fichez-moi le camp!»










