Le futur est olympique

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Ce n'est pas pour me vanter, mais je prends très au sérieux la candidature de Québec pour les Jeux olympiques de 2086. Ou à la rigueur ceux de 2090, si le Comité international olympique rechigne à voir construire une structure trois fois grosse comme la pyramide de Khéops, au sommet du cap Maillard, pour accueillir la descente de ski masculin à Petite-Rivière-Saint-François.

Moi, je suis paré pour 2086. Mais vous, je ne vous trouve pas un air très motivé.

Est-ce la faute aux statistiques? À ces chiffres qui évaluent la probabilité de vivre jusqu'à l'âge canonique de 116 ans à une chance sur deux milliards?

Un peu de nerf, que diable! L'an 2086, c'est déjà après-demain! D'ici là, il faut accueillir le plus d'événements possible. Comme on dit, sur la route dépourvue de nids-de-poule qui conduit aux Jeux olympiques, chaque pierre doit être retournée.

L'automne dernier, notre ancienne «vieille capitale» - il paraît que l'expression faisait mauvais genre - a même été l'hôte d'un championnat fort réussi de roche-papier-ciseaux.

Mais autant vous annoncer la mauvaise nouvelle tout de suite. Il faudra renoncer au championnat mondial de la course d'escargot, dont la 40e présentation se déroule le 17 juillet en Angleterre. Le champion du monde, un escargot de Bourgogne baptisé Terry, a le mal des transports...

Je vous le concède. Le futur n'est jamais simple. Surtout quand il faut le prévoir.

Mais on peut déjà dire deux ou trois choses sur le monde en 2086.

D'abord, les marchands d'armes vont réaliser des affaires d'or. Au cours des cinq dernières années, malgré la crise financière et le krach boursier, les ventes d'armes ont même augmenté d'un juteux 22 % à travers la planète.

Les pessimistes diront que ces armes que l'on empile aux quatre coins du monde, on finira bien par s'en servir. Mais au fond, il ne s'agit que d'une raison supplémentaire pour les organiser au plus vite, nos Jeux olympiques.

D'ailleurs, l'autre certitude à propos de 2086, c'est que rien n'empêchera les gens de s'amuser.

Prenez Haïti, un pays dévasté par un tremblement de terre le 12 janvier. Eh bien, figurez-vous que depuis le séisme, des bateaux de croisière y ont débarqué pas moins de 36 000 touristes, sur des plages privées.

Tout ça, pendant qu'à peine quelques kilomètres plus loin, c'est la désolation... Bien sûr, il existe des choses moins prévisibles. Comme les coûts des Olympiques, par exemple. Mais qui s'intéresse à ce genre de détails? Je veux dire, à part deux ou trois rabat-joie?

D'accord. Il y a peut-être les Grecs. Tout ça parce que les Jeux d'Athènes, en 2004, ont coûté deux fois plus cher que prévu. Il y a peut-être aussi quelques Japonais, sous prétexte que la facture de Nagano, en 1998, a été quatre fois plus élevée que ce qui avait été annoncé. En y pensant bien, les Italiens s'attardent peut-être aussi à ce genre de broutille, depuis que les Jeux de Turin, en 2006, ont coûté cinq fois plus cher que le budget initial.

Et les Jeux de Vancouver? À l'origine, la sécurité des Jeux devait coûter 175 millions $. À la fin, la facture devrait dépasser le milliard de dollars.

Qu'est-ce que vous avez? Vous êtes soudain devenus tout pâles?

En attendant 2086, la vigilance s'impose.

Récemment, des anthropologues de la Californie ont fait inscrire comme «objets historiques» l'équipement laissé sur la Lune par l'équipage d'Apollo 11, en 1969.

Parmi les objets abandonnés, citons une portion du module lunaire, une caméra et au moins quatre contenants d'urine.

Les inventeurs de «l'archéologie spatiale» craignent que de futures missions lunaires ou même des touristes ne pillent le site. À propos, saviez-vous que la Lune possède plusieurs sommets qui dépassent 4000 mètres? Et que la température moyenne s'y maintient sous le point de congélation?

Bref, qui nous dit que ce damné satellite n'essayera pas de nous ravir les Jeux d'hiver de 2086? Faudra l'avoir à l'oeil.

On dit souvent que le problème avec nous, les Terriens, c'est que si on nous affirme qu'il existe 300 milliards d'étoiles dans l'Univers, nous croirons tout cela sur parole.

Par contre, si on nous dit que la peinture sur un banc public est fraîche, nous ne pourrons pas nous empêcher d'y toucher pour vérifier...

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