Mais c'est également une nomination fiable si on se place du côté gouvernemental. Son enquête sera sérieuse, et le rapport formulera très certainement des recommandations réalistes et crédibles afin de protéger davantage l'intégrité du processus de nomination des juges.
Mais attention! Ce n'est pas lui qui va jouer au cow-boy et étirer au maximum le mandat qui lui a été confié pour épater la galerie, justifier sa nomination ou mettre le gouvernement Charest dans l'embarras. Originaire du Nouveau-Brunswick, ancien collègue de Jean Chrétien chez Lang Michener de 1987 à 1989, nommé à la Cour d'appel et à la Cour suprême sous le gouvernement Chrétien, M. Bastarache n'a probablement pas beaucoup d'accointances avec le Parti québécois.
Sa réputation fait néanmoins qu'il sera impossible au gouvernement Charest de limiter ce qu'il veut faire de son mandat si Marc Bellemare lui démontre qu'il y a un lien réel entre le financement du Parti libéral et la nomination des juges.
Cela dit, le gouvernement Charest n'a pas réglé ses problèmes avec cette nomination. Le premier ministre devra bien admettre un jour que sa politique de gestion de crise ne fonctionne pas sur les questions d'éthique et d'intégrité.
Au lieu de s'attaquer au coeur du problème, il a choisi, l'automne dernier, de réagir à la pièce. Chaque fois qu'apparaît une verrue, il pose un pansement sur le corps du patient. Mais il y a maintenant tellement pansements que le tout corps a l'air atteint d'une maladie terminale.
L'annonce d'une commission d'enquête sur la nomination des juges n'est que le dernier geste posé par le gouvernement pour «soigner le bobo». La liste est longue. En voici quelques exemples :
- l'opération Marteau, pour enquêter sur l'industrie de la construction;
- la loi 74, pour resserrer l'encadrement du secteur financier;
- des mesures multiples visant une plus grande transparence et un resserrement des règles d'octroi de contrat;
- la loi 73, qui permet notamment de retirer la licence d'un entrepreneur reconnu coupable d'actes criminels en lien avec le milieu de la construction.
Toutes ces mesures ont leur mérite, mais elles ont le défaut d'avoir été adoptées en réaction à des situations douteuses, et non pas dans un contexte proactif.
On comprend pourquoi le premier ministre refuse une enquête publique d'une portée plus générale. Tous les gouvernements en poste depuis plus d'un mandat ont des squelettes dans leur placard. M. Charest en est à son troisième mandat. Il sait bien qu'une commission d'enquête sur la construction et le financement politique éclabousserait son parti. Peut-être aussi le PQ et même l'ADQ, mais surtout le PLQ.
L'automne dernier, M. Charest a donc pris le pari de régler les problèmes soulevés un à la fois, en espérant que la tempête se calme. Il a perdu ce pari.
Il ne peut revenir en arrière, mais il ferait un grand pas en avant s'il s'attaquait résolument aux causes de la crise actuelle. La solution est simple : nomination d'un commissaire à l'éthique, mise en place d'un code d'éthique pour les élus et, finalement, modification radicale de la Loi sur le financement politique. Il lui faudrait faire des compromis, notamment sur le salaire que lui verse le Parti libéral. De tels gestes ne mettraient pas un terme aux demandes d'enquête sur la construction, mais ils contribueraient à assainir les moeurs politiques pour le présent et l'avenir.













